Jordsjø - Nattfiollen

18/10/2019

Par Fabrice Chouette

Label: Karisma Records

Site: https://jordsjo.bandcamp.com/

Avec déjà un premier album très prometteur, suivi d’une pleine pelletée de démos tout aussi bluffantes, ce petit miracle vintage tout droit venu de Norvège avait frappé fort. Acclamé un peu partout, et ce malgré un anonymat encore de mise aujourd’hui, dire que Jordsjø (prononcez Yordweu) était attendu au tournant est un doux euphémisme. Mais notre impatience n’aura pas été trop malmenée puisque paraît déjà en mai de cette année 2019 leur deuxième album officiel: Nattfiollen, toujours brandissant un rock prog ultra vintage, toujours pétri de cette mélancolie tendue venue d’Europe du nord, au son toujours aussi analogique, orgues, mellotron et âge d’or du progressif compris. Le combo, faisant toujours fi des modes et de toute prétention commerciale continue de tracer ce tout nouveau sillon dans sa langue natale, choix que l’on ne pourra qu’encourager.

Difficile de résister à ce disque, cette fois pleinement réussi. Incroyable de mesurer le peu de temps écoulé entre la découverte de ces amateurs (le mot ici n’est absolument pas galvaudé) et la pleine maturité ici présente. Comme quoi tout est souvent déjà bien en germe. La force et l’équilibre des compositions, l’ampleur du mixage, la qualité des musiciens, notamment les interventions de guitare, de toute beauté, acoustiques comme électriques, l’habileté et la fluidité des enchaînements harmoniques, le chant clair du multi instrumentiste et principal compositeur Håkon Oftung, enfin les nombreux ponts tissés avec ses aînés (Trettio Ariga Krigett, Samla Mammas Manna, Anglagard, Wobbler) font de ce Nattfiollen un classique immédiat.

D’aucun avancera qu’il n’y a vraiment rien de neuf dans ce ciel-là, et avec raison, mais est-il si nécessaire de proposer quelque chose de différent lorsqu’on injecte autant de passion et de talent, et lorsqu’on dispose d’un vocabulaire déjà aussi riche? Heavy, symphonique, folk, néo classique, avant garde, refrains, parties instrumentales, enchaînements inattendus … On vous le dit, il n’y a là rien à jeter, cette musique est un bain de jouvence, à l’intérieur même d’un écrin d’histoire. Qui s’en plaindrait? Et de toutes façons, à l’heure du tout-boîte-à-rythme-deux-accords-synthé-et-voix-auto-tunées, n’est-ce pas redevenu moderne, si ce n’est avant-gardiste, que d’écouter du rock progressif? On prend les paris.