Yes - Close to the Edge

12/03/2019

Par Julien Giet

Label: Atlantic Records

Site: http://yesworld.com/

Souvent cité comme une des trois merveilles du rock progressif aux côtés de In the court of the Crimson King de King Crimson et Selling England by the Pound de Genesis, Close To the Edge, selon L’Autobiographie du batteur Bill Bruford, aurait pu finir sa vie au fond d’une benne à ordure. En effet, dans les années 1970, le groupe habitué à vivre en studio dans un capharnaüm artistique aurait laissé traîner la bande d’enregistrement de leur nouvel album Close to the Edge … Bande qui aurait disparue après le passage du technicien de surface. Et heureusement que cette pierre angulaire a été sauvée car il est désormais impossible d’imaginer le paysage rock progressif actuel sans Close to the Edge. Retour sur un monument de la musique.

Malgré son aura iconique et dantesque, Close to the Edge ne comporte pourtant que 3 chansons. La première, chanson éponyme, divise ses 18 minutes en 4 parties des plus remarquables. Commençant par un psychédélisme frénétique, « Close to the Edge » expose subtilement petit à petit les thèmes qui seront réutilisés plus tard. Dire que cette chanson a pu servir de point de départ à la philosophie de Transatlantic n’est pas exagéré. De couplets tortueux nous délectant de la basse de Chris Squire aux refrains accrocheurs, on ne s’ennuie à aucun moment et on se surprend à frissonner durant le passage envoûtant à l’orgue de Wakeman à la troisième partie, « Get up Get down ». Les thèmes savent revenir au bon moment avec les petites variations, détails infernaux résultant du foisonnement intensif d’idées d’un groupe au sommet d’une alchimie tout en gardant une certaine spontanéité, grain de folie délicieuse. Le visage du rock progressif en sera changé à tout jamais.

Seconde chanson de l’œuvre, « And You And I » s’ouvre avec une somptueuse partie de guitare de Steve Howe telle l’intro de « Roundabout » qui nous a tant régalés. Puis la machine Yes se lance et nous offre une chanson aux premières allures folk et aux mélodies toujours aussi imparables. Second classique en l’occurrence, « And You and I » est magnifique. Sa seconde partie, emprunt de romantisme épousant parfaitement la sensibilité vocale de Jon Anderson, ne dérangerait pas Neal Morse dans ses envolées épiques.

Dernière chanson de ce triptyque mythique, « Siberian Khatru » intronise un riff du style country à la Credence Clearwater Revival pour amener ensuite une ambiance plus sombre et mélancolique évoquant maintenant la montagne de Haken. La richesse harmonique saupoudrée d’une batterie à la fois légère et énergique soutenant un ostinato de guitare hypnotisant nous gagne et nous emporte jusqu’au fade out final.

Pressentant une direction plus dirigiste et maîtrisée dans leur musique, le batteur Bill Bruford a préféré en rester là pour rejoindre King Crimson, royaume de la liberté et de la réinvention constante. Yes continuera sur cette voie avec Tales from Topographic Oceans , album concept constitué de 4 chansons de 20 minutes (!). Mais c’est une autre histoire.