Jack Dupon - Empty Full Circulation

20/04/2016

Par Fabrice Chouette

Label: Transit Music Group/Nova records

Site: http://jackdupon.net/

Les revoili-voilou, nos quatre Clermontois déglingoss pas tant que ça ! Cinquième album, pour une carrière (je sais que le mot les fera marrer) débutée en 2006, et ce qu’il semblerait désormais être un passeport pour l’internationaaaaallllll ! Entendez nous bien: label britannique, et textes EN ANGLAIS !…Gardons notre sérieux, voulez-vous ? Pour tout novice se trouvant face à cette page immatérielle, Jack Dupon est un foutoir musical particulièrement jouissif, flanqué de deux guitares fébriles et obsédantes, maîtrisant (mine de rien) un catalogue impressionnant de riffs et rythmiques, pour un menu furieusement furibard. Non, c’est pas du métal, comme ça le tri est fait… Le curseur serait plutôt à l’opposé, disons post oulipo punkoïde… Deux pistoleros donc, épaulés par une section rythmique tout aussi exultante et habile. Deux chanteurs-proclameurs-ricaneurs au micro, tenant guitare et basse respectivement. Décrire leur univers est soit stupide (car impossible), soit compliqué. Il n’en ressort pas moins de fortes propensions à la dissonance (Crimson dans ses pires jours !), au rock hypnotique, comme une sorte de math rock bien arrosé, et le tout sous-tendu d’ironie dadaïste, voire souvent faussement absurde. C’est comme si, dans une certaine mesure, Magma avait décidé de se marrer en se foutant de tout… Vous voyez le truc?

Pas évident de faire évoluer ou progresser un tel univers, après déjà quatre albums, un live et deux DVDs (dont le dernier est soit dit en passant un chef d’oeuvre, tant musical que visuel) sans tomber dans la redite, ni l’outrance, quoique dans ce domaine, ils n’ont vraiment peur de rien ! Et bien on peut d’entrée déclarer que Empty Full Circulation est l’album du renouveau. Si le premier morceau évolue dans le style déjà si reconnaissable du quatuor, la suite va s’avérer pleine de surprises, et dans le très bon sens. C’est que la mélodie y fait véritablement son entrée, et avec un certain bonheur de surcroît, alors on met sa ceinture ! On y surprend même nos internés en train de chanter ! Si si ! Des vrais refrains tombent, ça et là, sans que la moindre concession ne soit faite aux canons du commercial. Faut le faire ! On pourrait même dire que la musique y gagne en force, en cohérence, et peut-être en éclat. On pense à Crimson, bien sûr (acidité et folie des riffs, comme d’hab, renouvelés par de nouveaux arpèges parfois mélancoliques !) mais aussi à Devo (« The King Hedgehog »), avec cette même propension à l’entre-deux, entre rires et frayeur, le tout toujours aussi charpenté de groove sous psychotropes. On y plane carrément à certains moments, comme dans la splendide section centrale de « Six Feet In Randan », le morceau peut-être le plus réussi du disque. Les paroles anglophones, prononcées avec un accent bien assumé prolongent la bizarrerie ou le quotidien du propos (« Flower Way ») avec le même plaisir que dans la langue de Molière auparavant. Il sera question d’amitié, de vieille demeure pourrie comme le montre l’intérieur du digipack, de meurtre domestique, de fantôme… Tout est réussi (encore !), voire même transcendé. La musique apparaît construite et contrastée, peut être comme jamais. Les amoureux d’avant-garde lysergique seront aux anges, et les curieux très réjouis de goûter à cette dinguerie si talentueuse. De plus, pour couronner l’enfoncement du clou de la cerise, l’album affiche une durée d’une quarantaine de minutes, gommant un défaut de longueur jusqu’ici un peu récurrent. L’essayer c’est l’adopter. Alors c’est tout bon ! Vive la France ! Enfin, celle-ci… Jusqu’où n’iront-ils pas?

L’album de la maturité.