Symphony X - Iconoclast

14/06/2011

Par Jean-Philippe Haas

Label: Nuclear Blast

Site: www.symphonyx.com

Après un départ tonitruant (six albums entre 1994 et 2002 !), Symphony X a considérablement ralenti son rythme de production depuis The Odyssey. Une attente interminable avait abouti à Paradise Lost en 2007 et il aura encore fallu quatre longues années pour entendre aujourd’hui son successeur. Fort d’une signature chez Nuclear Blast et d’une réputation de bête de scène, le quintette du New Jersey affiche des ambitions méritées, en proposant Iconoclast sous trois formats différents : standard, disque double et vinyle.

« Efficacité ». C’est le premier mot qui vient à l’esprit pour qualifier le huitième album studio de Symphony X. Aussi immédiats que prévisibles, « The End of Innocence » et « Bastards of The Machine » représentent la face jouissive d’Iconoclast, celle qui provoque des montées d’adrénaline et rend les mouvements de tête incontrôlables. Non moins efficaces, d’autres titres affichent une véritable personnalité ou, à défaut, une propension à tout écraser sur leur passage, comme l’éponyme « Iconoclast », seule composition un tantinet progressive, ou encore les très pesants « Dehumanized » et « Heretic ».

Ceux qui pensaient que l’attirail du guitariste de metal ne pouvait plus guère être étoffé en seront pour leurs frais : Michael Romeo a encore des idées à revendre et ne se fait pas prier pour asséner sans discontinuer des riffs assassins à l’écœurante efficience, aux côtés de Michael Pinella, qui reprend enfin du poil de la bête et impose sa présence aux claviers. Égal à lui-même, l’impressionnant frontman Russel Allen commence néanmoins à souffrir du syndrome Jorn Lande : intouchable mais prisonnier de son style.

Le disque s’essouffle quelque peu dans sa seconde moitié, car même si « Children of a Faceless God » et « Electric Messiah » parviennent à faire bonne figure grâce à quelques bonnes idées, « Prometheus » n’en distille que trop rarement, tandis que « When All Is Lost », power ballade grandiloquente minée par des paroles indigentes, s’étire péniblement sur les neuf minutes finales sans réel moment de gloire.

Ironiquement, l’oeuvre n’a d’iconoclaste que le nom, en ce sens qu’elle respecte à peu de choses près la tradition musicale du groupe. Paradise Lost, avec son lot de concessions, conférait enfin à Symphony X le statut qu’il méritait depuis longtemps, à savoir celui d’acteur majeur de la scène metal, et Iconoclast poursuit fort logiquement sur la même lancée, flatte son nouveau public, ménage l’ancien, et ne prend donc guère de risque susceptible de s’aliéner l’un ou l’autre. De plus en plus nombreux au fil d’une carrière sans réelle fausse note, les fidèles ne trouveront donc pas grand chose à redire. Ceux qui ont frémi avec The Divine Wings of Tragedy et V devront prendre leur mal en patience dans l’attente d’une nouvelle pièce maîtresse.