Jack Dupon - L'échelle du désir

04/12/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: Gazul Records

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En voilà un groupe original d’auvergnats qui œuvre dans le rock expérimental. Il faut avouer que ce n’est pas banal ! Et rien de tel que débuter un premier album par un titre d’une demi-heure. « La trilogie des mouches », qui peut sembler être un exercice de style périlleux, est finalement bien conduit par les quatre amis : la structure est limpide, jamais la musique ne s’égare sensiblement du sujet. Jack Dupon propose d’ailleurs une personnalité bien affirmée, fruit d’une collaboration débutée il y a déjà quatre ans.

Entre des boucles lancinantes qui se succèdent et des fragments mélodiques très facilement mémorisables, l’auditeur se retrouve face à un univers bien engageant, au carrefour de nombreuses influences entre le progressif et l’expérimental, sans qu’aucune d’elles n’apparaisse de façon trop marquée. Le morceau compte peu de solos, les instruments y jouent un rôle essentiellement rythmique, et laissent peu à peu les ambiances se développer. Certes, ces progressions lentes arborent un aspect linéaire en apparence, mais l’efficacité est bien là. Un titre qui reste pourtant en marge des autres compositions.

Car le reste du contenu arbore une facette plus colorée et tout aussi intéressante. Des plages hybrides à la personnalité très marquée font irruption, comme « Le taureau » qui apporte quelque chose de nouveau avec ses guitares folles et ses incartades ingénieuses. Les Jack Dupon s’affirment donc en tant que groupe défricheur, au langage musical de digne héritier de l’esprit de Franck Zappa dans ses heures les plus barrées, pour ne citer que lui. Ces quatre lurons ont fait leurs armes sur scène, leur jeu est vivant et la proximité qui en résulte se retrouve tout au long du disque.

Le chant est intégré avec parcimonie et avec un esprit décalé qui fait bien trop souvent défaut à de nombreuses formations. Les textes – en français – joyeusement étranges ne font que renforcer cette impression et mettent ainsi en lumière le « petit plus » qui peut les emmener bien plus loin qu’il n’y semble. Chaque membre apporte son lot de surprises, à l’instar de cette basse au jeu très riche et parfaitement audible ; pas d’esbroufe inutile, bien que l’aspect pachydermique de certains titres requiert une mise en place impeccable, clairement atteinte sur le disque.

« Oppression » et son côté math-rock fait justement office d’idée à exploiter, tant il conclue l’album d’une belle manière. Le naturel de l’ensemble doit en revanche cohabiter avec un son qui manque de personnalité et qui gâche quelque peu le relief de la musique. Rien de grave à part quelques longueurs de second plan qui s’effacent devant la fougue de l’ensemble, très encourageante pour la suite.