La Desooorden - La isla de los muertos

06/05/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: Autoproduction

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Rares sont les groupes de rock progressif qui proposent encore quelque chose de dépaysant, dans un genre que beaucoup disent moribond. Malgré tout, de plus en plus de formations ont tendance à compléter leur langage musical avec des influences plus originales, faisant par exemple partie de leur folklore local. Et quand on se retrouve face à des Chiliens qui phagocytent ces éléments pour en faire quelque chose de personnel, le résultat promet d’être attirant !

Et dès les premières notes, la recette fonctionne : une valse sombre dominée par le piano et un violon macabre dans une ambiance proche de Miasma & The Carousel of Headless Horses… La narration annonce le concept du disque, un ambitieux retour sur la colonisation du Chili. Les musiciens dominent ce sujet qui visiblement leur donne des ailes : l’ensemble surprend par sa cohérence. Les chants intégralement en espagnol assurés par Fernando Tagore et Karsten Contreras sont plutôt atypiques, avec des aspects polyphoniques rappelant la musique traditionnelle de cette région. Ce sont tous ces détails qui, mis bout à bout, forment la personnalité de La Desooorden, à cheval entre rock progressif, folklore et jazz.

Le jeu du batteur très orienté vers le jazz soutient agréablement le saxophone, mais semble quelque peu hors propos lors des passages les plus torturés, typiquement « crimsoniens ». Malgré tout, la rythmique travaillée de « Me pregunto entre todas las preguntas » nous rappelle la qualité des arrangements, bien supérieurs à de nombreux groupes similaires. Les titres ont cependant tendance à être trop expéditifs : les structures restent classiques et les développements sont rarement mis en avant. L’auditeur se retrouve face à des morceaux pour la plupart assez courts, qui auraient gagné à aborder une plus grande variété d’atmosphères.

Le groupe a les moyens d’aller plus loin dans sa recherche sonore, d’explorer plus en détail ses différentes facettes. Signalons aussi le soin apporté au son et au packaging, qui pour une autoproduction force le respect. Avec la sortie de ce troisième album, dix ans après leur formation, La Desooorden s’affirme comme un groupe de grand talent, qui possède des bases très solides et qui peut se permettre d’avoir encore plus d’ambition !