Van der Graaf Generator - Real Time

28/02/2007

Par Christophe Gigon

Label: Fie !

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Cet enregistrement double de Van der Graaf Generator sorti confidentiellement sur le propre label de Peter Hammill servira de témoignage à tous ceux qui n’ont pas eu l’heur d’assister à une des prestations scéniques de la tournée de reformation du groupe en 2005, près de trente ans après leur retraite en 1977 à la suite de la parution du disque en public Vital.

Quand, en 2004, on apprend que le groupe se reforme afin, non pas seulement de se lancer dans une mégatournée planétaire mégalomaniaque et cacochyme, mais de produire un nouvel album puis de le promouvoir en toute sobriété, le rythme cardiaque des amateurs du générateur noir s’est sensiblement accru. Present sort en 2005 et se présente sous la forme d’une entité bicéphale : le premier disque est un nouvel album dans le sens le plus ordinaire du terme tandis que le second est une suite d’improvisations jazzy-noisy-progressives du meilleur terroir bien que fort peu digeste à qui n’y est pas acclimaté. En tout cas, un superbe album salué tant par les critiques que par le cercle d’amateurs éclairés du poète anglais et de ses ménestrels survoltés. La voix du maître de cérémonie est toujours aussi torturée et n’a rien perdu de sa hargne malgré l’accident cardiaque dont a été victime le chanteur à l’aube du XXIème siècle. Pour faire bref, ce disque est frais et ne ressemble en rien à une réunion d’anciens combattants aigris, essoufflés et dépassés. Van der Graaf Generator, comme King Crimson, a toujours su « sentir » les moments et n’a donc jamais été frappé de « ringardisation foudroyante ». Nous en voulons pour preuve le nombre d’artistes issus des mouvements punk et new-wave se réclamant de Peter Hammill ou de Robert Fripp.

L’objet de cette chronique est donc l’enregistrement d’une date de la tournée Present le 6 mai 2005 dans le fameux Royal Festival Hall de Londres. Bien que non produit et totalement brut, ce concert est captivant dans son contenu et clair dans son rendu sonore. Le choix des morceaux satisfera tout admirateur du quartette britannique. Chacune des périodes du groupe y est représentée et les titres sont exécutés avec dynamisme, fraîcheur et enthousiasme. Naturellement, souvent, la machine s’emballe et offre des passages « chaophoniques » dont elle seule a le secret. Mais c’est aussi pour ces moments-là qu’on aime Van der Graaf. Pour les oreilles sensibles, il restera les Moody Blues qui boxent dans une toute autre catégorie !

Ce concert commence de manière opportune par « The Undercover Man » qui figure sur l’album Goldbluff. Une entrée en matière toute en sensibilité et rage contenue qui laisse augurer le meilleur pour la suite du disque. En effet, l’auditeur est rassuré : Pete Hammill est très en voix et le « souffleur fou » David Jackson manie avec toujours la même dextérité saxophones et flûtes. Est-il nécessaire de rappeler que la guitare est réduite à la portion congrue chez VDGG, remplacée avantageusement par des instruments à vent ? La suite de la performance sera à l’avenant. Choix judicieux des titres puisant dans toutes les périodes du groupe même si seuls deux extraits serviront d’ambassadeurs au dernier album : « Every Bloody Emperor » et l’incroyable « Nutter Alert ». Les « tubes » du groupe sont tous là et n’ont rien perdu de leur pouvoir corrosif . « Killer », « Man-Erg » ou « Lemmings » sont là pour le prouver. L’ensemble sonne d’une pièce et frappe au ventre. On n’a jamais l’impression d’entendre un patchwork de titres décousu. Les morceaux les plus anciens cohabitent harmonieusement avec les derniers. Et c’est là gage d’éternité.

Evidemment, ce disque en public ne bénéficie pas de la production monstrueuse dont nous ont habitués des groupes comme Metallica, Rammstein, U2 ou autres Pink Floyd mais le son est non seulement correct et propre mais « réel », c’est-à-dire fidèle à leur performance d’alors. Les titres présents sur ce double CD n’ont été ni réarrangés, ni réorchestrés pour l’occasion. De ce fait, la différence d’interprétation entre la version studio et la version publique est parfois ténue (d’où la note d’intérêt peu élevée). Mais peu de groupes progressifs osent véritablement réarranger voire « reconstruire » leurs audacieuses architectures sonores devant un public qui désire, justement, retrouver toutes les finesses appréciées sur disque.

C’est donc un bien beau témoignage de vigueur qui nous est ici donné à écouter. Beaucoup d’émotion, de fougue juvénile (et oui !) et de purs moments de « décrochage » comme aiment à les pratiquer les musiciens de cet ensemble par trop méconnu. Avec King Crimson, Van der Graaf représente la « face sombre » du rock progressif. Le noir vous fait-il peur ?

NB : La discographie complète de Van der Graaf Generator ainsi que celle de la période Charisma de Peter Hammill viennent d’être rééditées chez Charisma/Virgin/EMI en 2006 dans des versions « remastérisées » luxueuses nanties de livrets fourmillant d’informations captivantes et de photos d’archives. Le son est époustouflant et de nombreux inédits viennent s’ajouter à la fête. Plus d’excuse pour méconnaître VDGG en 2007 !