Pure Reason Revolution - The Dark Third

16/05/2006

Par Djul

Label: Sony Music

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Depuis quelques temps maintenant, les fantasmes inavoués (car inassouvis) des amateurs de rock progressif prennent vie. Imaginez un groupe sorti de nulle part, avec une chanteuse douée et mignonne, mais aussi un compositeur de talent qui se plaît à inventer des harmonies vocales dignes des Beach Boys tout en écrivant des titres permettant de joindre l’adjectif « tellurique » au nom propre « Pink Floyd ». Imaginez que pour corser le tout ce groupe décide de prendre pour dénomination l’œuvre monumentale d’Emmanuel Kant. Enfin, imaginez que ce groupe soit signé sur une major, que la Grande Bretagne les ait adopté et qu’ils soient sans doute LA sensation de l’année.

Doux rêve d’un amateur solitaire de musiques pointues perdu dans la réalité cruellement matérialiste d’un monde musical désormais voué au culte de l’immédiateté et du format pop ? Et pourtant non, ce groupe existe, il s’appelle bel et bien Pure Reason Revolution, il est signé chez Sony et son premier album fait frissonner la presse la plus trendy d’Albion !

Porcupine Tree et Oceansize, deux autres formidables formations d’outre manche, et quelques membres de notre bien-aimé forum nous avait pourtant prévenu. Et nous de faire traverser la Manche à quelques exemplaires de Cautionnary Tales for the Brave, leur premier mini-album, puis de The Dark Third, leur premier album, pour enfin savoir si la rumeur était vraie. Et ce n’est plus une rumeur, ni un fantasme : Pure Reason Revolution est sans doute « l’arme de persuasion massive » que le prog a attendu des années durant ! Mélodique et pourtant puissante, la musique composée par Jon Courtney est tout simplement un régal d’intelligence.

Dark Third, on serait tenté de dire qu’il s’agit d’une power prog pop, excusez le barbarisme ! Au gré de son inspiration, PRR propose des titres souvent très longs, composés parfois de deux parties, avec force retour de thèmes (celui de « The Bright Ambassadors of the Morning »). Ce schéma effectivement très progressif n’empêche pas le groupe d’égrainer les mélodies imparables sur des refrains anthologiques, où s’alternent les voix de Chloé Alper et de Jon Crosby, sans compter les chœurs assurés par le reste du groupe.

Si les premiers morceaux peinent à dévoiler les qualités de PRR (le morceau instrumental d’introduction, « Aeropause », est bien trop influencé par le Floyd de Dark Side of the Moon pour figurer honorablement sur le disque), la machine s’emballe pour ne pas s’arrêter à partir de « The Bright Ambassadors of the Morning ». Enorme pavé de plus de dix minutes, entre plages atmosphériques réussies et une envolée finale voix/instruments bluffante, ce titre donne le ton d’une impressionnante série de morceaux tous plus imparables les uns que les autres. « Voices in the Winter / In the Realms of the Devine » commence comme une ballade harmonieuse, avant qu’un violon qui s’emballe ne sonne le rappel et que le groupe démarre à l’unisson sur une sorte de « prog metal » (pas dans le sens commun du genre) qui montre à quel point il n’a pas de limite ou d’a priori. PRR garde pourtant le meilleur pour la fin avec les deux derniers titres, sur lesquels les qualités décrites auparavant sont encore plus évidentes, à savoir les refrains sortis de nulle part qui frappent fort et un fond sonore psychédélique.

The Dark Third n’est pas une réussite absolue, puisque quelques titres, les plus calmes, sont un peu en deçà et plus convenus. Mais ce disque reste totalement hors normes tant l’univers qu’il dépeint est à la fois singulier et accessible. Reste à faire le mince effort de commander ce disque, plutôt que d’aller le chercher dans votre magasin préféré, puisqu’à ce jour, il n’est pas disponible en France ou en Europe continentale. Comme si les anglais voulaient garder leur dernier joyau sur leur territoire insulaire.