Van der Graaf Generator - Pawnhearts

23/05/2005

Par Djul

Label: Virgin Records

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Souvent considéré comme le chef d’œuvre du groupe, Pawnhearts est l’album qui a reçu le plus de reconnaissance de la part du public et qui reste, dans l’esprit de beaucoup, l’œuvre la plus marquante de VDGG.

Cette affirmation, en forme de lieu commun, est pourtant sujette à débat. Jamais en effet la formation n’a été aussi exubérante et singuliere et, avec le recul, certains morceaux semblent parfois datés et dépassés. Ce disque, composé de plages de plus de dix minutes toutes plus grandiloquentes les unes que les autres, trahit peut être les excès de la scène progressive de l’époque, où les musiciens tout puissants se faisaient souvent d’abord plaisir. Les deux successeurs de Pawnhearts que sont Godbluff et Still Life, plus concis et plus efficaces, font au contraire partie des albums sortis à l’époque et qui ont le mieux vieilli.

Mais venons-en à l’album lui-même : l’enregistrement prend place durant l’été 1971, en pleine période de tension pour un groupe qui s’attelle à l’assemblage de « A Plague of Lighthouse Keepers », son plus long morceau, soit ving-deux minutes en dix parties. Les deux autres titres sont du même acabit, pour ce qui devait être initialement un double album à la Ummaguma : une partie studio, une partie projets solo, et une partie concert. Le groupe préféra un « simple » album.

« A Plague of Lighthouse Keepers » est l’un des morceaux les plus angoissants de VDGG tant l’ambiance est sombre, et ce dès le début, avec les imprécations de Hammill et l’orgue funèbre de Banton. L’alternance de moments violents et déstructurés et de passages mornes où Jackson fait pleurer son saxophone, en font une pièce « impressionnante » au sens premier du terme. A la moitié (à la seconde près) du titre, VDGG se déchaîne, en utilisant une méthode qu’il maîtrise on ne peut mieux : voix, claviers et sax entonnent, de concert ou en canon, une mélodie avant que les Anglais ne partent dans un délire noyant l’auditeur sous un déluge de notes de cinq bonnes minutes et, hélas, pas absolument nécessaires. Hammill et son piano sonnent heureusement le rappel pour un splendide final. Les deux autres titres sont construits sur le même modèle, mais les passages dissonants et complexes sont moins nombreux.

Rétrospectivement, Pawnhearts souffre de l’ambition un peu démesurée de ses auteurs. Malgré de formidables passages et une ambiance on ne peut plus glauque, il est difficile de revenir à ce disque, voir de l’écouter d’une seule traite. Il n’est donc pas à conseiller pour une initiation à VDGG.