Van der Graaf Generator - Present

07/05/2005

Par Djul

Label: Virgin Records

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Quelle improbable réunion ! Si les Yes, King Crimson ou Pink Floyd ont eu leur lot de formations à tiroirs, de rumeurs de réunion de l’équipe historique, de réconciliations puis de départs depuis la fin de l’âge d’or des années soixante-dix, un seul avait jusqu’alors échappé à la règle. Que l’on ne s’étonne pas s’il s’agit de Van Der Graaf Generator ! Vilain petit canard du progressif, formation atypique sans guitariste, jouant punk avant l’heure et ayant eu le courage d’arrêter les frais et de passer à autre chose à l’orée des années quatre-vingt, Van Der Graaf n’a jamais fait les choses comme les autres.

Il continue ainsi aujourd’hui : peu médiatisée lors de son officialisation il y a neuf mois, cette réunion voit le groupe revenir par la grande porte avec ce double album chez Virgin (EMI), la réédition de tous ses albums, et une tournée dont le nombre de dates augmente chaque jour. Après une première tentative scénique en 2003 sur la fin de tournée de Hammill au cours de laquelle VDGG joua le classique Still Life, c’est assez fort de la part d’une formation qui avait fait ses adieux définitifs en 1978 !

Partant d’une volonté d’innovation sans laquelle une telle reformation n’aurait pas de sens, VDGG a tenté un pari difficile : celui de s’isoler dans le studio de Guy Evans pendant une semaine en février dernier, pour voir si la magie opérait toujours. De ces sessions ressort un double album aux disques bien distincts : six morceaux composant la trame d’un (court) album classique d’une part, longues improvisations instrumentales de l’autre.

Le premier disque est un vrai bonheur pour les amateurs du VDGG de la première reformation, celle de Godbluff (1975) et Still Life (1976). Car si « Every Bloody Emperor » surprendra d’entrée, par ses sonorités et ses thèmes tout droit sorties de He to H Who Am the Only One, avec un Hammill grandiloquent comme à l’époque, le reste des trente-sept minutes (hé oui, pas plus !) est plus mordant et énergique, même si cette introduction s’impose déjà comme un classique… du futur, pour paraphraser un label bien connu ! Véritable chef d’œuvre de Present, « Nutter Alert » met le frisson dès la première écoute, avec un David Jackson complètement habité au saxophone, qui pose de déchirantes mélodies sur les plages d’orgues si chères à Hugh Banton. Le reste du disque demeure de très haute tenue, avec le barré et dissonant « Abandon Ship ! », et un final où quelques pointes de jazz élégantes ponctuent les accents mélancoliques de Hammill : un sans-faute donc, qui surprend tant il est proche (et digne) de ses prédécesseurs !

Sur le second disque, la démarche s’approche plutôt de celle de King Crimson, dans cette musique bouillonnante, en prise directe mais plus accessible que celle que Fripp & Co sur Thrakattak par exemple. Entre Ornette Coleman et le VDGG live des années soixante-dix, les dix improvisations restent en effet très structurée, comme le solide « Double Bass », possible partie d’un morceau épique de VDGG de la grande époque avec un festival signé Banton à la basse et aux claviers, ou les magnifiques « Slo Moves » et « Crux », morceaux éthérés et très mélodiques sur lesquels Jackson fait merveille.
Muet sur ce deuxième disque, Hammill empoigne sa guitare et martyrise son piano, pour contribuer à l’ensemble, comme sur le puissant « Architectural Hair ». L’aspect brut de décoffrage donne l’impression « d’être dans le studio avec VDGG », pour reprendre l’expression de Guy Evans, mais il paraît évident qu’il ne s’agit pas de « premières prises » tant grande se montre la cohérence.

Pur bonheur que d’entendre à nouveau ces quatre quinquagénaires ensemble, et de constater qu’après trois décennies et une attaque cardiaque pour Hammill, le talent est toujours là, palpitant ! Et après une tournée 2005 déjà pleines de promesses – que Progressia couvrira – un nouvel album devrait être enregistrer, pour rattraper vingt-huit trop longues années de silence.