Opeth - Deliverance

26/10/2002

Par Julien Negro

Label: MusicForNations

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Opeth n’est pas à proprement parler un groupe « progressif ». Un amateur lamba de prog, jetant une oreille sur ce disque, pourrait même s’enfuir en courant en entendant ces voix gutturales et ces rythmiques barbares. Mais le néophyte ne craignant pas un tant soit peu de sauvagerie métallique découvrira dans Opeth un groupe tout simplement excellent. Ce quatuor ne se contente pas de stagner dans un death métal énervé et sulfureux, mais au contraire, s’aventure dans des contrées musicales allant du jazz au rock acoustique et n’hésite pas à repousser les limites de sa musique pour créer un style hybride, où pureté et violence sont en véritable symbiose.

Et c’est peut-être finalement l’essence même du progressif : savoir évoluer et se remettre en question. C’est ce que fait Opeth tout au long de ces six morceaux (pour plus d’une heure de musique tout de même), en écrasant littéralement tout sur son passage : rythmiques en béton armé, lignes de chant tour à tour douces et psychotiques, et interludes de toute beauté, interprétés à la guitare acoustique. On retrouve également, de temps à autres, des percussions fort bien utilisées, apportant une touche définitivement spéciale aux compositions. Opeth distille dans son death des influences parfaitement digérées, allant de Camel à Morbid Angel (« Masters apprentices ») et fait preuve d’une précision à couper le souffle. Les quatre Suédois n’hésitent pas à durcir le ton quand il le faut, ou au contraire à l’adoucir par de magnifiques lignes de piano (« Deliverance »). Chaque morceau est une véritable perle, où les extrêmes se mêlent de manière totalement naturelle (« Wreath », « A fair judgement »). Comme pour le précédent album, « Blackwater Park », c’est Steven Wilson (Porcupine Tree) qui se charge de la production, et son travail est particulièrement impressionnant : un son énorme, qui rappelle quelque peu celui d’ « In Absentia », dernier bijou en date de l’arbre à porcs-épics. Comme un bon vin, Opeth se bonifie au fil des albums et surprend de plus en plus à chacune de ses sorties, en nous balançant un disque excellent de bout en bout. Si vous n’êtes pas rebutés par un peu de violence musicale, nous vous conseillons plus que vivement de vous jeter sur cette galette qui est certainement à ce jour le chef d’œuvre du groupe. A noter qu’un autre album, « Damnation », sortira en mars 2003 et sera entièrement composé de titres acoustiques, exercice dans lequel le quatuor suédois est également passé maître.