Yes - Magnification

01/10/2002

Par Pierre Graffin

Label: Eagle Records

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Yes ne s’était pas offert les services d’un orchestre symphonique depuis Time And A Word, sorti en 1970. Le groupe reprend cette formule en 2001 avec Magnification, sorti deux ans après l’inégal The Ladder. Pourtant, si l’exercice est souvent périlleux, force est de constater que cette nouvelle livraison, assez cohérente dans son élaboration, marque un retour aux sources aussi rassurant qu’inespéré.

L’absence de remplaçant pour Rick Wakeman est ici largement compensée par les précieux services du compositeur de musiques de films Larry Groupé, qui permet la cohésion de l’ensemble. À la différence de certains efforts similaires où l’orchestration sert d’accompagnement souvent inapproprié, Magnification semble en effet avoir été écrit pour un orchestre, ce qui constitue en soi une différence majeure. Les mélodies sont dans l’ensemble efficaces, (« Don’t Go », « Magnification »…), même si les textes très « andersoniens » de « Give Love Each Day » et « Soft As A Dove » sont à la limite de la mièvrerie. La gigantesque pièce « In The Presence Of », construite en plusieurs parties, renoue avec une grandeur que l’on croyait passée et l’orchestration y est tout bonnement sublime. Jon Anderson et Chris Squire y sont d’ailleurs presque en état de grâce. La guitare de Steve Howe se fait très hispanisante sur « Dreamtime » (où elle rappelle d’ailleurs l’inoubliable break d’« Innuendo » de Queen) mais elle introduit ou accompagne un peu superficiellement plus qu’elle ne sert vraiment, hélas, la plupart des morceaux.

Comment expliquer alors ce sentiment de frustration que l’on ressent malgré tout à l’écoute de Magnification ? Peut-être parce qu’une fois de plus et malgré quelques indéniables moments de bravoure, l’album est ponctué de morceaux inutiles (« Can You Imagine », « Dreamtime », « Time Is Time ») qui ternissent l’ensemble. Si la cohérence est indéniable dans la construction générale du disque, elle ne suffit pas à faire de cet album une œuvre majeure de la discographie prolixe de Yes. Ainsi, malgré une production impeccable, Magnification ne remplit pas encore tout à fait le contrat.