Genesis - Three Sides Live

Par Chrysostome Ricaud

Label: Virgin records

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A la sortie de Three Sides Live, une partie du public de Genesis a dû se dire que nos pourtant très éduqués Anglais ne savaient pas bien compter. En effet pour une partie du monde, ce double vinyle contient quatre faces live, les trois premières datant de la tournée Abacab, tandis que la dernière pioche dans diverses tournées en remontant le temps jusqu’en 1976. D’autres éditions (françaises et américaines notamment) choisissent de consacrer la quatrième face à l’EP 3×3 que les Anglais venaient de sortir (constitué de trois compositions qui n’avaient pas été retenues pour Abacab) complété par deux faces B datant de Duke . Le titre prend alors tout son sens. Les rééditions les plus récentes en revanche choisissent de garder ce double album 100% live. Les fans à la recherche des cinq titres studio peuvent éventuellement se rabattre sur le coffret Genesis Archive #2, 1976-1992 , mais il leur manquera encore «  Me and Virgil  », inexplicablement absent d’un coffret censé regrouper tous les inédits et raretés.

Les cinq musiciens, particulièrement aguerris en concert, reproduisent à la perfection des morceaux issus principalement de leurs deux derniers disques… au point d’en faire des interprétations, certes techniquement irréprochables, mais auxquelles il manque une âme, et on leur préférera sans hésiter leurs versions studio. Une des rares valeurs ajoutées de ces versions live, ce sont les pitreries vocales de Phil Collins (si tant est qu’on ne les trouve pas agaçantes). Au jeu des différences, «  Abacab  » est étiré par un jam final, mais Mike Rutherford n’étant pas un très grand soliste on trouvera difficilement son improvisation passionnante. Sur le medley de titres anciens «  In the cage – Cinema Show – Slipperman  », Daryl Stuermer se lance dans un solo de shred (renforçant cette impression d’exécution technique parfaite mais d’interprétation froide. C’est du Dream Theater avant l’heure !). C’est paradoxalement sur une chanson pop/variété typique de Phil Collins, «  Misunderstood  », que le groupe prend le plus de libertés, livrant ainsi une version supérieure à son équivalent studio.

Three Sides Live est le témoignage le moins intéressant des quatre parutions discographiques de Genesis en concert, qui représentent autant d’étapes de l’évolution du groupe à travers les décennies. Focalisant sur leurs débuts en tant que trio, ils manquaient de matière pour produire une setlist irréprochable (les trois albums suivants allaient produire non seulement leur lot de tubes incontournables mais aussi de morceaux prog inspirés). Pas indispensable, on ne recommande ce live qu’aux fans souhaitant avoir une discographie complète, ou éventuellement aux inconditionnels (s’il y en a) de cette période de transition pour un groupe changeant de décennie en entreprenant des changements majeurs (passant de quatuor à trio, de l’ambition du rock progressif à la simplicité de la pop, de musique pour public motivé à fabrique à tubes).

Un mot sur les cinq titres studio pour finir, puisqu’ils restent associés à l’histoire de ce disque, même s’ils n’y figurent plus aujourd’hui. Sans pouvoir en qualifier aucun de perle rare, tous auraient sans problème eu leur place sur les albums dont ils ont été délaissés. Certains auraient même remplacés avantageusement des compositions moins inspirées qui ont été retenues à leur place sur Duke et Abacab.