No-Man - Love You to Bits

04/02/2020

Par Julien Giet

Label: Caroline International

Site: http://no-man.co.uk/

Au menu des retours inattendus, après Tool et son Fear Inoculum attendu depuis 2006, voici No-Man que l’on n’avait pas revu depuis Schoolyard Ghosts en 2008. Il faut dire que depuis, la vie a suivi son cours : Steven Wilson a hissé Porcupine Tree vers des sommets qu’il est parvenu à dépasser via sa carrière solo encensée d’un succès public retentissant tandis que Tim Bowness a, de son côté, enchaîné les albums solos au succès critique impeccable (il a entre temps participé à des projets éphémères tels Memories of Machines ou encore Slow Electric).

De manière inattendue, No-Man revient cette année avec ce Love you to Bits constitué de deux pistes avoisinant chacune les 20 minutes pouvant représenter les deux faces d’une même pièce ou, pour rester dans le thème de manière plus pragmatique, les deux faces d’un même disque vinyle. Stylistiquement, ces deux chansons réussissent à plonger pieds joints dans un paradoxe temporel en dressant un pont entre l’identité de No-Man dans les années 90 ainsi qu’une modernité ancrée dans l’air du temps. Il est ici question de chansons longues aux motifs répétitifs et hypnotiques visant à nous faire entrer dans une transe tout de même pourvue d’une construction narrative nous menant d’une idée à l’autre avec brio. Une des œuvres majeures auxquelles on peut penser lorsqu’on écoute Love You To Bits est Voyage 34 de Porcupine Tree, enregistré entre 1992 et 1993 puis compilé et sorti en 2000 chez Delirium Records. La seconde piste, «  Love You to Pieces  » , fait furieusement penser à la période trip hop de No-Man (Wild Opera en 1996, l’EP Heaven Taste en 1995 également) matinée de synthé wave moderne. La première, «  Love you To Bits  » , pourrait s’imaginer en une table de mixage sur laquelle chaque tranche représenterait un motif. On serait alors libre de mêler chaque idée les unes avec ou sans les autres pour constater empiriquement l’effet produit. Ce riff de guitare un peu plus fort ici, cette voix un peu plus en retrait par là, cette idée à la basse qu’on utiliserait avec parcimonie, …

L’ensemble de l’album est sublimé par des invités prestigieux tels Adam Holzman aux claviers ou encore Ash Soan à la batterie.

Love You to Bits invite à un disco progressif quelque peu expérimental qui s’avère curieusement passionnant.