Steven Wilson - The Raven that Refused to Sing

22/02/2013

Par Maxime Delorme

Label: Snapper Music / KScope

Site: www.stevenwilsonhq.com

Après un Grace for Drowning très marquant, plébiscité en 2011 et un Storm Corrosion en collaboration avec Mikael Åkerfeldt (Opeth), Steven Wilson nous revient avec un nouvel album solo pour février. The Raven that Refused to Sing est un cas d’école de dilemme à propos duquel la rédaction est particulièrement heureuse de pouvoir se passer de note (sur le fil !). The Raven that Refused to Sing est un recueil de « nouvelles musicales » qui ramènent son auditeur à deux périodes passées : les années soixante-dix et le début du vingtième siècle.

Les années soixante-dix car Wilson s’inscrit avec ce disque clairement dans la démarche de l’époque. S’il avoue en interview avoir cherché à donner un son organique et plus chaleureux que ce qui s’est fait depuis l’avènement du numérique, il faut bien avouer qu’il réussit admirablement à imiter les albums plus classiques des seventies. On ne peut s’empêcher, tout au long de l’écoute, de comparer les pistes à des productions légendaires (Pink Floyd, Jethro Tull, King Crimson) tout en gardant en tête cette patte très « wilsonienne » évoquant entre autres Blackfield et Storm Corrosion.

L’autre période que nous évoque cet album, c’est le début du vingtième siècle, et notamment l’émergence de la littérature fantastique avec des auteurs comme Poe ou Lovecraft. Les thématiques des morceaux, centrées autour d’histoires de fantômes et de surnaturel, sont parfaitement retranscrites dans la musique et les paroles. Les ambiances très variées charrient toute cette atmosphère éthérée qu’on avait pu entrapercevoir au passé dans certaines productions comme quelques morceaux de Deadwing (« Revenant » et « Mother and Child Divided » en tête). Le clip de « The Raven that Refused to Sing » en est un parfait exemple, réalisé dans le même ton que celui de « Drag Ropes » (Storm Corrosion), avec son lot de personnage animés, d’éléments visuels époustouflants, et de tristesse musicale qu’on retrouve dans les créations de l’artiste depuis de nombreuses années.

Pour asseoir sa position musicale, il a su s’entourer une nouvelle fois de musiciens de talent. L’album composé pour l’équipe de sa précédente tournée laisse donc la part belle à Adam Holzman, Theo Travis, Marco Minnemann et Nick Beggs. Deux nouveaux s’y intègrent pour la production et non des moindres : Guthrie Govan à la guitare et Alan Parsons au son !

Le disque n’est cependant pas exempt de défauts. Certains trouveront que l’absence d’éléments novateurs dans la musique en fait un bon moyen de « passer le temps », sans vraiment faire avancer les choses. De même, les explosions musicales de solos qu’on peut entendre sur « Holy Drinker » ou « Luminol » pourront probablement déstabiliser les habitués. Pour autant, il suffit d’entendre l’apport de Govan sur un « Drive Home » très blackfieldien pour comprendre à quel point ces musiciens particulièrement talentueux sont sublimés par le cadre proposé par Wilson. Pour autant, s’il s’agit de bêtes de technique, il faut bien avouer que ces artistes très professionnels maîtrisent leurs interventions très ponctuelles et savent, le reste du temps, se mélanger aux autres de manière admirable.

Cas d’école donc de dilemme. Car si l’album est un véritable coup de cœur, aux mélodies super efficaces, à la production léchée, chaleureuse, propre et à la fois très vivante, il n’en est pour autant pas plus original qu’un disque de Genesis qui ressortirait de nos jours. Au lecteur/auditeur de se faire un avis. Les amateurs de rock des années soixante-dix, qui se demandent encore comment pourrait sonner un album de Jethro Tull enregistré avec le matériel et les connaissances actuelles pourront se délecter de cette sortie. Les amateurs de nouveautés, eux, risquent bien de rester sur leur faim !