Opeth - Heritage

13/09/2011

Par Renaud Besse Bourdier

Label: Roadrunner Records

Site: www.opeth.com

Que se passerait-il si l’on essayait de mélanger du hard rock à la sauce seventies, avec un grand groupe de metal progressif suédois comme Opeth ? La réponse à cette improbable question se trouve dans le dixième opus de la troupe de Mikael Åkerfeldt. Le leader avait d’ailleurs prévenu la presse, Heritage s’éloigne de la recette qui a fait le succès du groupe. Rien que l’illustration le signale assez clairement… on est loin des ambiances sombres et glauques d’un Watershed ou d’un Blackwater Park.

Verdict après écoute ? Le style est différent, mais la patte Opeth est bien présente, et plutôt reconnaissable. L’intro au piano et le premier morceau, « The Devil’s Orchard », ne dépayseront pas trop les aficionados… jusqu’à un certain point. Pas de growl, une reverb à l’ancienne bien sale sur le chant, des guitares et claviers à la sauce Deep Purple, et surtout un petit passage cinglé de la section rythmique sonnent l’air du changement.

Voilà d’ailleurs une des forces majeures de l’album : les deux Martin, à la basse et à la batterie, sont plus présents que jamais, avec un groove libéré de toutes contraintes dans des passages épurés très plaisants (« I Feel The Dark », « Famine »), et même sur d’autres pistes plus énergiques (« The Lines In My Hand »). Toujours est-il que ces instants très planants sont omniprésents sur Heritage et ont le mérite d’être assez variés : on passe de lignes de batterie survoltées (« Nepenthe »), à des arpèges explosifs (« Haxprocess ») ou encore à un jeu de piano minimaliste (« Famine »), et ce, sans aucun complexe.

A l’image d’un autre groupe suédois (Pain Of Salvation, pour ne pas le citer), Opeth a su s’inspirer des années soixante-dix sans copier ; et si à la première écoute, on peut se sentir un peu dépaysé, force est de constater qu’Heritage rappelle Damnation dans ses sonorités (seul album d’Opeth avec celui-ci à ne pas comporter de growl), mais un Damnation sous acide. On repère d’ailleurs très vite les influences ; « Famine » rappelle Jethro Tull et ses solos de flûte, « Slither » fait dans le rock pur et dur à la sauce Deep Purple/Iron Maiden, tandis que « Nepenthe » semble être un vibrant hommage à Steve Vai et sa folie musicale. L’avant-dernière piste de l’album, « Folklore », concentre toutes les qualités des morceaux précédents en huit minutes et offre un final épique avant de refermer le couvercle calmement avec les douces mélodies de « Marrow of The Earth ».

Seulement voilà, Heritage n’est pas parfait. Certes, de nombreux passages sont excellents, mais l’absence de construction des morceaux risque d’en perdre plus d’un. L’album manque quelque peu d’accroche (des pistes telles que « Slither » et « I Feel The Dark » par exemple, n’ont rien de remarquable), et il faut réellement de nombreuses écoutes pour apprécier toute sa saveur… Sans compter évidemment que l’absence de growl et de riffs violents caractéristiques désolera sûrement une partie des fans, tandis que d’autres se réjouiront de cette prise de risque.

Au-delà de ces remarques, il ne faut retenir que l’essentiel : Heritage est un album novateur à ne pas manquer. Il fera certainement beaucoup de bruit dès sa sortie, en ce mois de Septembre surchargé pour les fans de musique progressive.