Jethro Tull - Stand Up

18/01/2011

Par Florent Simon

Label: Chrysalis Records

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Après une entrée remarquée sur la scène British Blues avec This Was, Jethro Tull voit déjà sa formation initiale bousculée en 1969. Ian Anderson, leader charismatique en devenir, décide d’explorer de nouveaux horizons musicaux malgré le refus du guitariste Mick Abrahams qui quitte in situ le navire. La place vacante est dès lors comblée par Tony Iommi, avant qu’il n’intègre Black Sabbath rapidement, laissant finalement Martin Barre occuper cette fonction. Ian Anderson en profite alors pour prendre les rênes du quartette avec Clive Bunker et Glenn Cornick, et mettre le cap vers des terres nouvelles.

Stand Up est en effet imprégné de ce récent et savant mélange de heavy metal et de musiques plus triviales telles que la folk celtique ou le néo-classique, ce qui ne manque pas de plaire à un public toujours plus ouvert d’esprit, et de placer l’album en tête des classements. Un succès commercial doublé d’une réussite artistique dus à leurs talents multiples, mélodique et énergique, personnel et accessible. La musique de Jethro Tull est effectivement une recette équitable entre riffs efficaces, mélodies charmantes et maitrise instrumentale prouvés tout au long des dix titres.

C’est ainsi que l’auditeur est baladé d’un univers à un autre, tour à tour désorienté par ces charmants paysages étrangers puis ramené sur les chemins rassurants du rock ou du blues. La fameuse « Bourrée » réadaptée d’une suite de Bach, l’attendrissante folk de « We Used to Know » ou encore le proto-progressif de « A Thousand Mothers » ne sont que les meilleurs morceaux d’un ensemble hétérogène et cohérent. Et l’utilisation de banjo, tablas, ou plus généralement de la flûte traversière illuminée d’Ian Anderson ne fait qu’enrichir le tableau.

L’interprétation de l’album sur scène est plus frappante encore. Les musiciens prennent leur envol et ressemblent déjà à un groupe rodé qui n’hésite pas à proposer des monologues instrumentaux généreux. Dépassant chacun les cinq minutes de solo (bien avant l’ère des « groupes à stades » auxquels ils seront plus tard affiliés), ils font preuve de virtuosité intelligente, ce qui n’était pas un oxymore alors. Ian Anderson capte même sans peine avec son instrument à vent un auditoire jeune et agité pendant presque dix minutes, ce qui tend à montrer l’évolution des mœurs musicales de l’époque.

Malgré son jeune âge et sa quête d’identité musicale, Jethro Tull confirmera sans surprise son statut d’incontournable l’année suivante avec Benefit, et atteindra sa première apogée artistique avec Aqualung en 1971, avant d’opter pour des incursions autrement plus progressives. Cette édition ultime de Stand up rend donc hommage à cette période intermédiaire. Fans absolus comme mélomanes curieux se régaleront avec ce triple CD / DVD compilant l’album, les morceaux sortis à la même époque et tout autant réussis, une session à la BBC et surtout leur concert grandiose au Carnegie Hall.