Soft Machine Legacy - Live Adventures

17/11/2010

Par Florent Simon

Label: Moonjune Records

Site:

Véritable monument de la musique progressive et du jazz-rock, Soft Machine, à l’instar des Mothers of Invention ou de Magma, lança bon nombre de musiciens talentueux et aujourd’hui reconnus. Si l’influence et la qualité de son répertoire ne sont plus à prouver, passant du psychédélisme au jazz teinté d’expérimentations et toujours proche de l’esprit Canterbury, le groupe à géométrie variable a été victime de ses changements récurrents de personnel.

Son œuvre s’en est parfois ressenti, mêlant le meilleur au moins bon, mais portant toujours l’empreinte des membres moteurs : Robert Wyatt, Elton Dean, Hugh Hopper ou encore John Etheridge, pour n’en citer que quelques uns. Porter le flambeau de la machine molle aujourd’hui tient donc autant de la gageure que du péril. C’est pourtant ce qu’ose Soft Works qui voit le jour en 2002 autour d’Elton Dean, John Etheridge, Hugh Hopper et John Marshall après quelques années d’activités solistes.

L’aventure continue après un changement de nom et quatre albums, et ce malgré la disparition de deux barons du groupe (Elton Dean en 2006 et Hugh Hopper en 2009). Aux deux éminents membres restants se sont ainsi associés Theo Travis aux cuivres et Roy Babbington à la basse, habitué de la formation, qui a enrichi Fourth et Fifth de sa contrebasse et instauré la touche rock de Seven.

Live Adventures est le troisième album live du groupe et contient des morceaux tirés de leur tournée germanique en octobre 2009, couvrant la période 1971-1978, mais comprenant également des compositions originales. Après une  introduction longuette où la formation semble s’échauffer, « Nodder » permet au vaisseau de décoller pour de bon (pour faire une analogie avec la pochette hors-sujet et un peu kitsch).

« Song of Aeolus » et « Gesolreut » rappellent de bons souvenirs aux vieux fans tandis que « In the Back Room » et « Relegation Of Pluto / Transit » donnent un bon aperçu de la capacité de composition des musiciens à l’aide de thèmes simples et de jams rythmés. « Facelift » est ici réduit à sa ligne mélodique principale jouée en duo guitare et saxo, dépouillée et instaurant un sentiment de malaise qui se poursuivra lors du final semi-improvisé « Last Day ».

Cette nouvelle sortie chez MoonJune Records s’avère de très bonne facture sans toutefois rien apporter de plus à l’érudit, si ce n’est le témoignage en du quatuor en concert. Leur interprétation sans faille parait cependant un peu scolaire mais n’en est que plus accessible comparée à ce qu’a pu produire Soft Machine par le passé.

Soft Machine Legacy n’arrive pas à faire oublier la créativité débordante de ses aînés, même si les musiciens prolongent l’état d’esprit commun de la « famille », tout en proposant une lecture musicale nouvelle et propre. La plus grande qualité de cet album reste finalement la contribution apportée à la perpétuation de la quête musicale d’Elton Dean, Hugh Hopper et comparses, encore debout afin d’élever Soft Machine au rang ultime.