Rome Buyce Night - Ann Arbor

07/07/2010

Par Jérémy Bernadou

Label: Zéro égal Petit Intérieur

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Ce groupe français roule déjà sa bosse depuis une dizaine d’années et s’est permis de s’installer confortablement après de nombreux concerts sur une scène hexagonale assez peu présente sur le créneau. Comme prévu, avec ce cinquième album, l’influence du post-rock est indiscutable avec l’utilisation des guitares dans les passages les plus denses. En revanche, la construction des morceaux ou l’atmosphère générale démontrent clairement une approche bien plus psychédélique. Majoritairement instrumental, Ann Arbor fait la part belle aux rencontres de sonorités, aux éléments diversifiés en apparence qui se mélangent avec une homogénéité de tous les instants. Le résultat va bien plus loin que des groupes qui se contentent de proposer une musique en roue libre de manière récurrente (les Japonais de Mono par exemple). Album après album, les membres de Rome Buyce Night font évoluer leur substance pour ne pas se retrouver enfermés dans un carcan. Il s’agit là d’une démarche plus proche de Sonic Youth lorsque ces derniers privilégient l’expérimentation, tout comme cette attirance pour le minimalisme (l’influence de Terry Riley et de Steve Reich est évidente), ainsi que pour les essais plus artistiques : les citations de Samuel Beckett sur « Deux millions et demi de secondes » constituent une réussite. Cette voix malsaine susurrée à l’extrême parvient à mettre en place une ambiance à la fois glaciale et organique, mise en lumière par des manipulations du meilleur effet. Loin de l’omniprésence de guitares et du côté « englué dans le post-rock » que l’on pouvait craindre, ces Français cherchent à faire avancer les choses, et ça marche.