Hiromi - Place to Be

06/04/2010

Par Jean-Philippe Haas

Label: Telarc

Site:

Après ses récentes et prestigieuses collaborations (Duet avec Chick Corea, ou Jazz in the Garden avec The Stanley Clarke Trio), Hiromi devait bien finir par se retrouver seule avec son clavier. Prouvant qu’elle n’a nul besoin d’artifices pour affirmer son style original, la jeune prodige japonaise se lance donc dans l’exercice éminemment formel d’un album de jazz au piano. Au travers de ce nouveau disque, la belle joue les guides touristiques en évoquant comme souvent ses périples autour du monde et les souvenirs, les émotions qui s’y rattachent.

D’entrée, la frénésie de « BQE » (Brooklyn Queens Expressway) fait éclater son incroyable virtuosité. Or la demoiselle n’a plus besoin de prouver à quiconque l’étendue de sa technique, et finalement, la performance n’occupe que peu de place sur ce Place To Be, qui joue davantage sur la variété de ses atmosphères et le mélange des genres. Si de place en place se posent quelques îlots de tranquillité, contemplatifs ou nostalgiques (« Sicilian Blue », « Daytime in Las Vegas », « Place to Be »), la fantasque pianiste marque ici sa nette préférence pour ce qui vit et bouge : ambiance cabaret pour « Choux à la crème » (sa délicatesse préférée), sautillante sur « Show City, Show Girl » ou « Cape Cod Chips » et carrément frénétique sur « Berne, Baby, Berne ! » et « The Gambler ». Peu soucieuse de se conformer aux règles établies d’un genre parfois rigide, Hiromi fait parler notes blanches et noires au gré de ses humeurs et se permet au passage d’écorcher respectueusement le célébrissime canon de Pachelbel.

Même si de par sa forme Place to Be est moins enclin à la folie que les disques du Sonicbloom, nul ne pourra prétendre que cet album est consensuel, formaté ou encore qu’il s’agit d’un passage obligé. Au contraire, il prouve simplement, et une fois de plus, qu’Hiromi Uehara s’impose aujourd’hui comme l’une des grandes compositrices et interprètes du jazz moderne.