Camel - Breathless (rééd.)

26/02/2010

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Esoteric Recordings

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La saga des rééditions de Camel pendant sa collaboration avec RCA (1973) et surtout Decca (1974-1985) est digne d’un bon Largo Winch. Andrew Latimer avait réussit à récupérer les droits du premier album éponyme (1973) pour le rééditer en 1992 sous son propre label, Camel Productions. Il n’a malheureusement pas pu acquérir le reste des bandes, jalousement conservées par Decca, devenue entretemps propriété de PolyGram elle-même achetée par Universal, laquelle est également la maison-mère de RCA. Vous suivez ?

En 2002, Universal réédite de superbe manière les quatre premiers albums studios ainsi que A Live Record avec moult bonus tirés principalement d’enregistrements publics de l’âge d’or du groupe (1974-1977). Les versions Deluxe (double CD) de 2009 de The Snow Goose et Moonmadness n’apportent pas de grandes nouveautés. De plus, toujours l’année passée, Universal publie un Rain Dances remasterisé aux petits oignons avec de nombreux morceaux live en supplément. Enfin, la major octroie une licence à Esoteric Recordings, filiale de Cherry Red, pour la sortie du reste de la discographie du groupe jusqu’en 1985, soit cinq disques studios et un live. En dehors du nécessaire dépoussiérage sonore, les bonus proposés pour ces publications sont bien en-deçà de ceux d’Universal, à l’exception notable de Nude et du live Pressure Points, devenant pour l’occasion un double album. On remarquera que les deux disques suscités sont parmi les meilleurs de la période 1978-1985. Etonnant n’est-il pas ?

Or, l’histoire même de Camel est particulièrement troublée à l’époque, expliquant pour une bonne part des résultats parfois mitigés sur disque. Si l’arrivée au milieu de 1976 du saxophoniste Mel Collins, ex-King Crimson, marque l’apogée du groupe dans sa composante live grâce à son apport clairement jazz-rock, le départ du bassiste et fondateur Doug Ferguson en janvier 1977, fervent d’une approche progressive plus traditionnelle, enlève le socle sur lequel la formation se (re)posait.

L’enregistrement de Rain Dances est placé sous le signe du stress de la pression imposée pour Decca pour sortir un hit. Ce fut « Highways to the Sun », la composition la plus faiblarde de Camel depuis belle lurette. Rain Dances reste néanmoins l’une des plus belles productions de la formation, grâce à Mel Collins et à l’arrivée de Richard Sinclair (Caravan et Hatfield & the North) aux vocaux et à la basse. La tournée qui a suivi, en plein boom punk, fut la plus réussie et ambitieuse de l’histoire de Camel et la réédition en 2002 de A Live Record, désormais l’un des plus beaux enregistrements en public du rock progressif, en témoigne.

Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes en cette année 1978 mais rien n’est plus faux ! La maison de disque demande encore et toujours des tubes en puissance. A cela s’ajoutent des tensions de plus en plus grandes entre les deux leaders du groupe, Andrew Latimer et Peter Bardens. Ce dernier finira par claquer la porte juste avant le mixage final du brinqueballant Breathless. Entre les morceaux de pop progressive aseptisés qui n’accrochent pas vraiment (« Breathless », « A Wing and a Prayer »), les parties à la ferme sans grand intérêt (« Down on the Farm », pourtant écrite par Richard Sinclair) et les vaines tentatives d’accrocher le Top 50, comme l’inutile « You Make Me Smile » qui ne fait sourire personne, Breathless apparaît comme le premier album raté du chameau. Le superbe solo de guitare de Latimer sur le fadasse « Summer Lightning » ajoute aux regrets.

Dans un ultime soubresaut, deux pièces épiques éviteront néanmoins le naufrage total : « Echoes », un exercice progressif dont Camel raffolait sur Mirage, et le sublime instrumental « The Sleeper », qui reprend l’élan jazz rock esquissé sur Rain Dances. Marqué par l’essoufflement de ses géniteurs, Breathless sera le dernier album du groupe à percer le Top 30 britannique.

Les changements incessants de personnel dans les années qui suivent produisent des albums du même acabit, oscillant entre le pénible et le génial (I Can See Your House from Here avec le définitif « Ice »). Deux pépites sortent toutefois du lot : Nude (1981) et Stationary Traveller (1984). La réédition de ce dernier propose un bonus assez sympathique avec une version longue de l’instrumental « Pressure Points ». On regrettera toutefois ce son eighty (l’affreux Fairlight !) terriblement daté pour un concept album pourtant bien plus intéressant que ce qu’ont pu proposer Pink Floyd ou Roger Waters à la même époque.