Mandrake Project - A Miraculous Container

21/11/2009

Par Jean-Philippe Haas

Label: Blistering Records

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Les heures de sommeil perdues à errer sur MySpace se trouvent parfois récompensées par une découverte extraordinaire, perdue au milieu de la médiocrité musicale ambiante. Ainsi, lorsque par un hasard des plus heureux A Miraculous Container tombe dans l’oreille encrassée par des excès d’indigence sonore, on se remet à croire en l’Art comme expression de la beauté de l’Homme. Ni plus ni moins.

Formé quelques années plus tôt, Mandrake Project est sorti de l’ombre en 2006, du côté de Pittsburgh, grâce à A Favor to the Muse, premier album qui jetait les bases d’un rock instrumental inédit mêlant ambient et worldbeat. La beauté à la fois simple et savante d’une musique sublimée par des cordes et transcendée par des arrangements somptueux et débordants de luxuriance parle directement aux émotions ataviques. Aux tripes.

A Miraculous Container parcourt des horizons incroyablement divers tout en conservant une signature sonore unique. Tandis que « A Miraculous Container », « Aquarelle », ou encore « Movement » illustrent la facette la plus riche et la plus spectaculairement arrangée de Mandrake Project, d’autres plages plus épurées sont dédiées au pur recueillement (« Quintet Harmonique », « Living Room Piano Suite »).

Le disque se dévoile petit à petit, et révèle de nouvelles perles au fur et à mesure : l’ambient jazzy à la St Germain de « Beauxsong », la douceur mélancolique façon Chris Isaak de « Through Lights », le mariage entre Ravel, la musique de films et les féériques voix féminines de « LaLuna »… Et si le chant représente souvent le maillon faible dans ce genre d’œuvre à l’instrumentation aussi finement ciselée, on savoure ici les rares interventions de John Schisler qui, sous ses faux airs de Jeff Buckley, distille une émotion maîtrisée, toute en retenue. Dès lors, comment qualifier une réalisation artistique dénuée de défaut majeur ? Un chef d’œuvre, tout simplement.

Ce réceptacle miraculeux, aérien, mélancolique et envoûtant ne peut susciter autre chose que l’enthousiasme. Si la musique adoucit les mœurs, Mandrake Project adoucirait ceux d’une horde de Huns assoiffés de sang. Parmi les belles pierres que 2009 nous a déjà offertes, ce disque est sans doute l’une des plus éclatantes.