Änglagård - Hybris

13/10/2009

Par Christophe Manhès

Label: Änglagård Records

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Du culte, du culte, on veut du culte ! Et bien en voilà. Änglagård est même LE groupe culte ultime, une vraie légende nordique qui n’est pas prête de s’éteindre. La formation s’est d’ailleurs attachée une cohorte de dévots auxquels il faut concéder sans peine le bien fondé de leur admiration. Les Suédois d’Änglagård détiennent un secret perdu depuis la fin des années soixante-dix. Ils sont investis du pouvoir de doter leurs compositions d’une envergure quasi spirituelle et d’un souffle épique saisissant.

À l’image d’un musicien comme Bill Bruford qui, à l’époque des Yes, pouvait frapper toute une nuit sur un tambour pour trouver le son le plus judicieux, Änglagård – il n’est plus et ne sera probablement jamais plus – a dû façonner sa musique avec le même désir obsessionnel de la transcender pour lui donner une dimension littéralement extra-ordinaire. De fait, émane de leurs compositions une puissance terrible et une beauté aussi subjuguante et vaste que les fiords nordiques au milieu desquels elle a été conçue.

Hybris a été publié en 1992. Rarement autant de maturité musicale sera apparue avec un premier disque. Mieux que cela : dès Hybris, Änglagård devient une référence incontournable du rock progressif en général, confirmé d’ailleurs par leur second et malheureusement dernier album studio Epilog. Comment d’aussi jeunes musiciens ont pu atteindre une telle excellence au début des années quatre-vingt-dix, alors que le rock progressif est encore en pleine convalescence ? Mystère… Et les mystères sont parfaits pour alimenter les mythes.

Magique. C’est le mot qui vient à l’esprit quand il s’agit de décrire la musique d’Hybris : magie d’un retour dans le temps (celui de l’âge d’or du progressif) pour le son et la forme ; magie d’un style plus personnel qu’il n’y parait et qui convainc d’emblée (même si les influences de groupes comme Yes et Genesis y sont, il est vrai, criantes) ; magie enfin d’un monde sonore énigmatique, bouillonnant, support idéal des vieilles légendes nordiques chères à J.R.R. Tolkien. Un monde cruel aussi dont Änglagård explore la face sombre, souvent violente, et que les musiciens juxtaposent miraculeusement à une sérénité aux effluves word presque new-age.

Tout ici inspire l’admiration. Sauf peut-être la production qui, sans être mauvaise (c’est une auto-production qui vaut bien des productions plus ambitieuses) est en deçà de ce qu’aurait mérité une telle œuvre (de ce point de vue Epilog se chargera de combler toutes les lacunes). Enfin et surtout le chant déçoit en ne se hissant pas, loin s’en faut, au même niveau des autres musiciens. Heureusement conscient de cette faiblesse, le groupe n’en abusera pas.

Änglagård ira plus loin avec Epilog, le bien nommé, qui conclura l’aventure du groupe de manière plus éclatante encore qu’elle n’a commencé. Il n’empêche, Hybris subjugue et se hisse largement à la hauteur de l’adoration qu’on lui voue. C’est à jamais une pièce majeure de la scène progressive.