Lazuli - Réponse incongrue à l'inéluctable

21/09/2009

Par Aleksandr Lézy

Label: Eclats

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En période de doutes obsessionnels, de traumatismes crâniens et autres infidélités stylistiques et artistiques, la vérité ne peut sortir que de la bouche de celui qui ose se poser les bonnes questions. Lazuli, formation atypique française aux origines musicales diverses et variées, tente d’offrir une Réponse incongrue à l’inéluctable … qui est loin de déplaire. La roche métamorphique couleur mer ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de moralité ou de constats sur le monde qui nous entoure. Dans ce maelström instrumental où rigueur et vigueur ne font qu’un, l’hydre à six têtes se débrouille une nouvelle fois plutôt bien.

Ecouter Lazuli, c’est prêter l’oreille à une entité unique, qui ne connaît jusqu’à ce jour aucun alter-ego. C’est aussi ne pas faire de fixation sur tel ou tel instrument, et recevoir ainsi un tout en bloc, telle une forte dose de réalisme extatique. L’heure est venue de se replonger dans ce qu’il y a de plus pur et de plus sensé. Comme un appel vers sa propre vérité, « La belle noirceur » emballe et stigmatise par son appellation l’ambiance de ce nouvel album. Les atmosphères qui se dégagent de l’ensemble du disque se font sombres, parfois angoissantes, revêtues de couleurs auxquelles les Gardois nous avaient déjà habitués sans les révéler aussi vivement. Le changement de ligne de conduite surprend, même si la signature si typique et originale est évidente. Le format chanson subsiste dans des durées expansées et confère aux structures la possibilité de faire place à de fins développements de thèmes, dans lesquels les soli sont dorénavant inévitables.

Se pose alors la question qui entraînerait probablement une inévitable transformation en réponse : les artistes sont-ils contraints de modifier leur musique afin de se rattacher à un courant musical pour ne pas se retrouver seuls au milieu de nulle part, tels des ovni ou des artistes incompris ? Lazuli a pris le parti, consciemment ou non, d’incorporer des éléments que l’on aurait peine a priori à leur associer. Le résultat n’en est pas amoindri pour autant. Cet horizon modifié et assumé convainc avec des titres surprenants comme « Abîme » ou « Toujours un gars sur le pont », dont l’écoute répétée est toutefois nécessaire afin de s’acclimater à cette nouvelle saveur.

A force de participer à des festivals de rock progressif et d’être associé à une mouvance dont le groupe est plus ou moins détaché à la base, Lazuli entre dans la case dans laquelle on l’a tant poussé. Pourtant, rien n’y fait, l’attirance pour leur musique reste constante, malgré quelques emprunts aux clichés du rock progressif. La richesse harmonique et conceptuelle, l’attitude et la générosité de cette formation en pleine reconnaissance imposent le respect et proposent avec Réponse incongrue à l’inéluctable… une escale inédite dans son monde qui ne cesse de s’agrandir.