Anthurus d'Archer - Fatalitas – Desperate Pinball

25/06/2009

Par Jérémy Bernadou

Label: Autoproduction

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Le champignon qui « dégage une odeur nauséabonde et n’est pas comestible » (d’après Wikipédia) et la photo de la bestiole qui l’illustre n’ouvre pas l’appétit de toute évidence. Certes, les groupes plus ou moins barrés commencent à se faire une place sur la scène française tels que Sebkha-Chott, Carnival in Coal et autres Torm, et possèdent surtout ce point commun d’être aussi talentueux que peu nombreux. Les poitevins d’Anthurus d’Archer appartiennent à cette frange de formations hexaognales qui fait preuve d’une détermination sans faille pour déconstruire la musique façon second degré tout en conservant une assise et une technique imparable.

Ce concert donné en 2005 à Poitiers en première partie de The Dillinger Escape Plan propose en condensé la quintessence de leur instrumentation assez particulière composée de trois guitares, d’une flûte, d’un saxophone et de l’électronique pour les rythmes et sons divers. Ce qui aurait très bien pu s’apparenter à un joyeux bordel s’avère finalement d’une précision hallucinante. Les heures de répétitions qui ont dû être nécessaires pour agencer de telles structures aussi bigarrées et injouables pour le commun des mortels se ressentent clairement. L’édifice tient debout grâce à une mise en place hors pair et à une réelle envie de surprendre l’auditeur à chaque mesure. Le deuxième morceau et son duo voix et saxophone est d’une efficacité redoutable, ainsi que l’extrait inattendu du Sacre du printemps d’Igor Stravinsky au cours du morceau-titre, plat de résistance de plus de vingt minutes, sorte de fourre-tout d’une cohérence sans faille.

Si cette volonté limite schizophrène de composer tous azimuts et de retranscrire le matériau à l’identique en public peut laisser de marbre, cette réelle prise de risque se révêle néanmoins payante. Les passages quasi grindcore et les délires type synclavier à la Frank Zappa s’enchaînent à merveille et laissent ainsi quelques moments de répit à l’auditeur en mal de sensations fortes. Ce Fatalitas – Desperate Pinball est visiblement plus homogène que les autres rejetons de la bande : la musique y est très recherchée et chaque digression y est justifiée. Un album live idéal pour se familiariser avec ce groupe culte.