Fröhn - Fröhn

10/06/2009

Par Jérémy Bernadou

Label: Autoproduction

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Les nouvelles formations de jazz expérimental et de rock in opposition proposent bien souvent du matériel de haut niveau, qui s’inscrit néanmoins dans la continuité de leurs prédécesseurs. Ces Français semblent éloignés de toute école : chacun des membres provient d’univers différents mais restent cependant tous liés par un même désir d’improvisation.

L’enregistrement studio de ce premier album a été réalisé en conditions live : l’énergie de l’ensemble s’en retrouve décuplée car chaque morceau prend rapidement son envol. L’interprétation est assez inhabituelle, à cheval entre la rigidité de la musique contemporaine et l’aspect plus « fluide » et malléable du jazz. En résulte une personnalité déjà très affirmée qui découvre un grand nombre de possibilités. Les titres font donc apparaître des structures très riches mises en relief par une mise en place instrumentale à la hauteur de la qualité du groupe. On ressent ainsi toutes les heures que les musiciens ont passé en commun pour préférer telle ou telle partie, ou pour mettre en valeur un certain type d’interprétation.

Le côté surréaliste de la galette illustrerait parfaitement le court-métrage Un chien andalou de Luis Buñuel. Le dialogue entre le piano et le violon de « Est-ce kiss ? » prouve à quel point la formation sait occuper tous les fronts avec le même succès. On pense parfois à Sotos pour le type d’écriture et cet aspect « chambriste » et ce rock énergique. Le piano de John Cuny domine parfois les débats et parvient à conférer une coloration très intéressante aux compositions. Chacun peut s’exprimer librement : « Rédité Hû part. 1 » le prouve avec son introduction à la contrebasse, avant de s’envoler vers des contrées plus free jazz qui restent toujours très proches de la musique contemporaine.

Même lors d’utilisation de procédés vus et revus, Fröhn parvient à rester efficace grâce une intensité rondement mené. A ce titre, les montées chromatiques de « Schisme » et le thème désabusé de « Myriam » en sont un parfait exemple. Le chant de Caroline Pallarès sur « Les lignes de la main » est également un des moments forts du disque : le texte de Julio Cortázar se retrouve peu à peu transfiguré dans une maîtrise de tous les instants. Certains moments calmes manquent en revanche d’amplitude, notamment certaines improvisations qui auraient pu être écourtées. Ce qui n’empêche pas ce premier album rempli à ras bord de témoigner de l’entreprise d’un groupe qui, tout en prenant des chemins de traverse plutôt tortueux, sait où il va.