Enablers - Tundra

02/05/2009

Par Jérémy Bernadou

Label: Exile on Mainstream Records

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Dans le registre « blues crasseux d’un autre monde », Oxbow propose depuis quelque temps maintenant sa propre vision des choses, en laissant à l’auditeur le soin de vivre l’expérience d’une musique lacérée et intense. Ainsi, rares sont les groupes tels qu’Enablers qui parviennent à marquer au fer rouge leur public : chaque note place plus bas que terre, le tout avec une finesse déconcertante. Ce troisième album présente sous forme d’histoires de la vie quotidienne un manifeste à l’intention de tous les amateurs d’histoires étranges racontées au coin du feu.

Le conteur en chef Pete Simonelli, véritable témoin d’un monde en perdition, enchaîne les mots avec autant de désillusion que d’acharnement. Parfois à l’image d’un Tom Waits à la voix gorgée de bourbon, il aligne des textes dérangés, comme ce « February » et sa description d’un après-midi pluvieux mais loin d’être apaisé. Le groupe livre dans le creux de l’oreille un instantané de situations peu banales, sans pour autant verser dans la contemplation. Le mouvementé « The Achievement » prouve à quel point la formation peut mettre en valeur ses titres grâce à une interprétation qui vise toujours au plus juste.

Tundra se découvre comme une suite de tableaux qui n’ont rien d’exceptionnel en apparence, mais auxquels fatalement on s’identifie, comme s’ils disposaient d’un certain pouvoir d’attraction. On se surprend à errer parmi les structures étriquées des titres et à apprécier le voyage. Leur aspect décousu est un des éléments les plus enivrants : alors que l’auditeur tente en vain de trouver une logique à l’ensemble, le disque s’avère parfaitement équilibré. Les quatre Américains n’hésitent pas à atteindre leur but en empruntant des chemins de traverse aussi curieux que passionnants. Les guitares héritières de la scène indie américaine des années quatre-vingt dix complètent le paysage avec cette touche de folie caractéristique.

Avec néanmoins trente-deux minutes au compteur, l’album se s’avérerait-t-il un peu expéditif ? Certainement pas, car un tel brûlot se suffit avec peu de matière pour s’émanciper : rien à ajouter, rien à enlever. Les Enablers sont parvenus à « habiter » corps et âmes leur univers, et à en faire profiter ceux qui sont prêts à le rejoindre. Vraiment marquant.