Steven Wilson - Insurgentes

09/03/2009

Par Djul

Label: Kscope

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« Il est libre, Steve. Y’en a même qui disent qu’ils l’ont vu planer ». Et s’il n’apprécierait pas forcément cette référence à Hervé Cristiani, difficile de contester que Steven Wilson a passé les deux dernières décennies de sa vie à toucher à peu près à tous les rôles possibles et imaginables pour un musicien : groupes, duos, films, apparitions, production, mixage, etc. Cette boulimie (qui explique en partie sa visibilité et donc sa notoriété croissante dans le monde du rock) ne lui avait paradoxalement pas permis de composer un album solo. Un comble pour un artiste dont beaucoup de ses projets sont considérés comme lui étant très majoritairement imputables, y compris le plus connu : Porcupine Tree.

C’est donc l’an dernier, après s’être aménagé une pause dans son agenda surbooké, que Wilson s’est offert un petit tour de la planète, d’Israël où il avait déjà ses habitudes, à Mexico, pour composer, enregistrer mais aussi « filmer » cet album, Insurgentes. Car au-delà d’être un disque, on peut probablement parler d’une expérience à part entière, dont la part visuelle a son importance : outre les nombreuses photos réalisées lors de ce périple (présentes dans l’édition collector sortie en avant-première dès novembre dernier), un film qui semble avoir pour but d’illustrer le processus créatif de Wilson et ses réflexions sur la musique aujourd’hui a été réalisé. Une sorte de road movie introspectif, inspiré, qui sait, par une petite crise de la quarantaine…

A défaut de l’avoir visionné (il faudra attendre le printemps prochain), focalisons-nous donc sur l’autre résultante de ce voyage : l’album. De prime abord, il n’y aura pas de surprise pour les habitués de son univers qui relève auttant du rêve que de la névrose. Au contraire, Insurgentes est un parfait résumé de sa musique, une sorte de CV condensé sur une heure : le refrain accrocheur et haut perché (Blackfield) sur fond de rock pêchu et bien déstructuré (les derniers Porcupine Tree) de « Harmony Korine », les expérimentations électroniques bien sombres (Bass Communion) de « Abandoner », courageusement mis en second titre, la ballade nostalgique avec claviers aériens qui s’enchaîne avec un long morceau psychédélique et fiévreux (les premiers Porcupine Tree) de « Venedos Para Las Hadas » et « No Twilight Within the Courts of the Sun »… Un tel étalage de référence pourrait continuer ainsi tout le long des dix morceaux de l’album. Serait-ce un mal ? Sur le fond, non, car chaque titre est le résultat d’un travail consciencieux, normal, Wilson a dû être particulièrement attentif à ses choix pour une œuvre qui porte directement son nom.

Un dernier point d’importance est la qualité de la production, véritable « benchmark » qui prouve à nouveau son savoir-faire : le nombre de détails à la seconde est époustouflant et relancera l’attention une fois les morceaux assimilés. « Significant Other » est un exemple parlant : au premier abord fort classique, le titre se trouve transfiguré par la cathédrale sonore érigée par l’Anglais pour magnifier son refrain.

Un brin de remise en cause aurait toutefois été bienvenu, ne serait-ce que pour briser cette image d’artiste qui s’écoute trop. L’ensemble reste néanmoins magnifique. Steven Wilson a le grand mérite de graver une bonne fois pour toute ses multiples talents et influences sur un disque à son nom. En avoir dû attendre plus de vingt ans devrait peut-être faire réfléchir ceux qui lui collent l’image en question…