Nichelodeon - Cinemanemico

11/02/2009

Par Jérémy Bernadou

Label: Autoproduction

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Ces Italiens sont pleins de surprise. Cette nouvelle formation menée par Claudio Milano, plutôt habitué à l’écriture de chansons pour le théâtre, fait apparaître deux membres de Yügen : Francesco Zago à la guitare et Maurizio Fasoli au piano. Ceci dit, ce Cinemanemico n’a que peu de choses à voir avec le Rock in Opposition, voire le rock tout court. L’album est clairement dominé par le chant et le piano, mais s’il reste néanmoins très ambitieux. Les interventions ponctuelles de l’électronique – dans l’esprit de bidouillages électroacoustiques – et de la guitare font tout pour instaurer un climat plus que dérangeant.

Tout d’abord, c’est la variété du vocabulaire utilisé qui surprend : les compositions font appel à une grande diversité d’influences, partant de Monteverdi ou Gesualdo pour le travail vocal jusqu’aux compositeurs du vingtième siècle pour certains passages au piano, ce dernier jouant un rôle très différent de ce que l’on peut trouver chez Yügen. Un morceau comme « Ciò che rimane » et sa complexité d’écriture laisse rêveur, d’autant plus que sans réellement savoir pourquoi, cet édifice abstrait trouve au final un équilibre aussi surprenant que remarquable.

Le chant en italien de Claudio Milano fait inévitablement penser à Demetrios Stratos, et ce n’est pas l’introduction de « La Torre più Alta » et ses incantations dignes d’Area qui vous fera penser le contraire. A fortiori, on a affaire ici à un chant très particulier, une sorte de pendant masculin aux extravagances d’une Diamanda Galás. Un petit tour sur le MySpace du groupe permettra de dissiper les malentendus à ce sujet, pour mieux se rendre compte du caractère atypique de Nichelodeon. « Disegnando Cattedrali di Cellule (Pt 2) » fait intervenir la facette la plus expérimentale de la formation, à l’aide de beaucoup d’effets électroniques au son certes un peu brut de décoffrage mais au rôle pourtant essentiel.

« La Mosca Segreta » débute au piano et à la voix dans un style assez baroque – on pense à Miasma and the Carousel of Headless Horses pour son côté hypnotique et lancinant – se retrouve emporté par des boucles synthétiques qui transfigurent le titre… Le piano frappe ses accords de plus en plus vers le grave, oubliant au passage la tonalité pour mieux terminer le morceau dans une sorte de chaos du plus bel effet. D’autant plus que cet album a été intégralement enregistré en concert, ce qui lui confère un caractère exceptionnel ! Mais comment parviennent-ils à recréer une musique aussi personnelle et fouillée ? Une chose est sûre : le résultat est édifiant.