Gwyn Pritchard - The Fruit of Chance and Necessity

25/01/2009

Par Jérémy Bernadou

Label: Sargasso / Orkhestra

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Ce compositeur anglais de musique contemporaine – et accessoirement, illustre inconnu – présente ici cinq de ses compositions datant de ces quarante dernières années. Un contenu plus homogène qu’il n’y paraît grâce à une qualité d’écriture qui fait oublier non seulement l’espacement dans le temps des œuvres présentées, mais également la diversité des formations instrumentales : des titres pour orchestre côtoient des pièces solo ou pour petits groupes. Dès les premiers instants, les couleurs prennent leur place et dévoilent une esthétique plutôt attachante. « The Fruit of Chance and Necessity » illustre cette tendance progressivement, avec tout d’abord son violon funambule qui s’élève timidement de l’édifice instable auquel il s’est frotté. L’orchestre et son discours tout aussi éclatant et percussif qu’atonal s’oppose au soliste qui reste comme figé… Puis ce dernier se libère de la domination orchestrale et entreprend un véritable combat à armes égales, jusqu’à être soutenu par des cordes statiques naviguant entre les micro-intervalles, à la manière d’un Scelsi ou de Gloria Coates…

Une mixture assez décapante et relativement expressionniste, mais sans réelle personnalité. Depuis les débuts de l’abandon de la tonalité et la « révolution » entraînée par le dodécaphonisme sériel dans la musique classique occidentale, tous ces territoires ont déjà été explorés, avec plus ou moins de réussite certes, mais de façon mesurée et réfléchie. La pièce pour piano solo de dix-huit minutes, « Raum Greift Aus », dénote quant à elle un travail intéressant sur les registres : les aigus de l’instrument sont explorés de façon inquiétante, jusqu’à être frappés par des accords brefs et rageurs… Un schéma plutôt linéaire mais qui fait son effet, le titre évoluant dans sa seconde moitié vers des arpèges fouillés à l’esthétique efficace. L’interprétation, à l’image des autres instrumentistes apparaissant sur l’enregistrement, est tout à fait honorable compte tenu de la difficulté de l’ensemble : l’orchestre est précis, les interventions solistes tout en nuances histoire de conserver le côté naturel de cette musique qui au final ne se retrouve pas prise au piège par sa propre complexité.

« Song of Icarus » incarne le réel talent du compositeur pour l’écriture de musique de chambre : le mélange de timbres est exploité à son maximum, et c’est la grande expressivité de l’ensemble qui se détache, encore une fois. Malgré un vocabulaire atonal et des longueurs bien réelles, Gwyn Pritchard laisse sa musique respirer et ainsi gagner en diversité de tempéraments : tantôt faussement apaisée dans les graves, tantôt d’une dextérité luxuriante, ces compositions parlent aux sens. On est ainsi loin du formalisme de nombreux sériels des années cinquante. « Music for Double Bass and Harp » illustre des instruments peu habitués à traîner ensemble, ce qui explique le côté inquiétant de la chose. Malheureusement, c’est l’aspect tendu et aride qui prend le dessus car cette association fait rapidement apparaître un certain nombre de tics d’écriture (pincements de cordes forcés, discours assez linéaire, etc.). En fin de compte, ce disque reste secondaire au regard de certains éclats de la musique contemporaine qui existent bel et bien : derrière la prétention et le formalisme sans queue ni tête de certains, des perles se cachent… Pour rester dans un style similaire, Harrison Birtwistle. Mais avant tout cela, mieux vaut s’intéresser à la mine d’or que constituent les pères du courant (Schoenberg, Berg et Webern pour l’école de Vienne, Ligeti, Messiaen et tant d’autres qui ont eu une influence considérable…).