Deus Ex Machina - Imparis

17/11/2008

Par Djul

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

Site:

Ce 31 mai 2006 n’aurait pu rester gravé que dans la mémoire d’une poignée d’amateurs venus jusqu’aux Lilas. Ce soir-là, Deus Ex Machina interprêtait au Triton son premier et unique concert français, dans le cadre du festival des Tritonales. Fort heureusement, le sextet italien avait eu l’excellente idée de rentabiliser sa venue en profitant des studios du lieu, enregistrant ainsi son nouvel album en deux jours, pour ensuite en proposer quelques moments sur scène le soir suivant. Un processus créatif spontané, on ne peut plus en ligne avec la musique incandescente et parfois improvisée du groupe.

Le plus étonnant reste sans doute le fait d’avoir attendu deux ans de plus avant pour profiter du résultat sur nos platines, sous la forme d’un album studio couplé à un DVD live piochant deux titres dans chacun des trois derniers albums des transalpins : Equilibrismo da Insofferenza, Cinque et ce fameux Imparis, qui joue malicieusement sur le mot « impair » en latin, et sur celui de notre chère capitale.

Les nouvelles compositions proposée sur le CD raviront les fans tout en confirmant l’évolution débutée sur Cinque en 2002, à savoir une plus grande concision dans le propos et une utilisation plus importante de passages acoustiques. En résumé, ces grands bavards ont su faire taire leurs racines pour composer des morceaux plus efficaces et mémorisables. Bien entendu, ils n’en ont pas pour autant sacrifié leurs marques de fabrique : riffs jazz-rock, batterie en perpétuel roulement et le sempiternel chant ultra-maniéré d’Alberto Piras. « La Diversità di Avere un’Anima » est la meilleure illustration de cette tendance, avec des couplets déliés et classieux qui permettent de mettre davantage en relief les éruptions de Maurino Collina à la guitare, couplées à celle de Alessandro Bonetti au violon. « Cor Moi » joue également la carte d’une plus grande accessibilité, avec un « tout acoustique » de très grande tenue, à sortir à votre bien-aimé(e) en fin de soirée. D’une manière plus générale, les cinq titres (pour quarante cinq minutes !) ravissent et ce déluge de plans, de mélodies et d’inventivité à mi-chemin entre King Crimson et The Mahavishnu Orchestra combleront l’auditeur pendant toutes les années qui le sépareront du prochain disque. Suivre les circonvolutions développées sur le quart d’heure que dure « La Fine Del Mundo » pour voir tuerait le temps jusque-là !

Le DVD reprend la performance – voir notre dossier des Tritonales 2006 – en prenant le soin de confirmer l’évidence : ce fut un grand moment ! La qualité vidéo est dans l’ensemble très correcte, avec une alternance de trois à quatre plans, ce qui est probablement le maximum qu’il est possible de faire avec la scène exigüe du Triton. De nombreux bonus garnissent ce DVD, comme ces entrevues (très complètes et agrémentées de photos et vidéos) et ce clip de 1993 assez tordants, des extraits en backstage et en concert (aux Etats-Unis, dans un cadre « champêtre » et à la télévision italienne, en 1996) qui consitituent près de deux heures de visionnage .

Le seul et unique reproche que l’on peut faire à cet hybride très soigné est de ne pas proposer un CD reprenant la performance scénique du DVD, une pratique que l’on rencontre de plus en plus. Insérer son DVD dans son baladeur ou son autoradio n’ayant que rarement l’effet escompté, cela aurait permis de profiter encore et toujours de cette superbe performance. Mais c’est là chipoter au vu de l’excellence du fond comme de la forme de Imparis, sans aucun doute la meilleure occasion jamais offerte par le groupe de le découvrir. Les autres ont déjà leur exemplaire.