Capillary Action - So Embarrassing

28/09/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: Natural Selection Records

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L’expérimentation est toujours bien vivante ! Depuis que des groupes comme Mr. Bungle ont montré une nouvelle voie pour aborder le rock, énormément de jeunes formations ont vu le jour, cherchant à créer quelque chose de véritablement différent, avec plus ou moins de succès, avouons-le. Aujourd’hui, avec l’émergence du math rock et autres dérivés qui ont le vent en poupe dans le microcosme des musiques barrées, les jeunes n’ont que l’embarras du choix en terme de style, mais se retrouvent parfois perdus au milieu d’un vocabulaire musical qu’il ne maîtrisent plus, la faute aussi à un héritage qui a déjà fait de grandes choses. Bref, il se crée une sorte de routine dans une scène que l’on continue de qualifier d’« avant-garde » (vive les non-sens !). Heureusement que des personnes comme Jonathan Pfeffer (chanteur, guitariste et unique compositeur et unique membre permanent de Capillary Action) ont bien compris qu’avant de s’imposer dans un genre exigeant, il faut travailler et tâcher d’être à la hauteur de ses ambitions.

Côté ambition, So Embarrassing ne fait pas les choses à moitié : sept musiciens aux cuivres et aux cordes interviennent de façon importante aux côtés du groupe, mettant en lumière une réelle volonté de proposer un contenu sortant des sentiers battus. Rarement cette influence classique n’aura été aussi bien intégrée à l’ensemble, à l’aide d’arrangements étonnants de maîtrise malgré le jeune âge du protagoniste : en effet, le premier album du groupe sorti en 2004 (Fragments) a été écrit lorsque Jonathan Pfeffer avait dix-sept ans. Depuis, le groupe a joué aux côtés de formations comme Kayo Dot ou Cheer-Accident, trouvant petit à petit une place parmi les grands. Les premières écoutes sont assez déstabilisantes : le propos est assez ramassé (l’album dure trente et une minutes) et les titres s’enchaînent sans véritable point mort. Cet aspect de « collage de structures » fait penser à Fantômas (« Bloody Nose »), mais le rendu se rapproche plus de ce que proposent leurs compatriotes de feu Time of Orchids. Capillary Action aime pourtant fausser les pistes, à l’aide de passages résolument math rock (« Placebo or Panacea » avec ses chœurs très travaillés et sa rythmique folle), ou d’un chant très varié.

L’auditeur est constamment surpris, comme sur « Pocket Protection Is Essential » qui passe de riffs bigarrés à un solo de piano Rhodes. Cette apparence déstructurée et décousue permet aussi de maintenir notre attention tout au long d’un disque qui jamais ne semble se répéter. A l’image du dernier morceau, Capillary Action sait aussi créer des ambiances sur le long terme, et grâce à leur interprétation hallucinante (quelle complexité tout de même !), ces bonnes idées sur le papier se transforment en de grands moments.