Trygve Seim & Frode Haltli - Yeraz

24/09/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: ECM

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Un duo entre le saxophone et l’accordéon… Avouons que ce n’est pas banal. Bien que sur le papier, la formule peut laisser songeur, quand on pense à tous les jeux de timbres possibles entre les deux instruments, il y a de quoi se sentir intéressé. On pense à la collaboration entre Richard Galliano et Michel Portal sur Blow Up pour un mélange d’instruments dans le même esprit (accordéon et clarinette). Les Norvégiens Seim et Haltli optent pour des morceaux plus aérés, aux structures moins marquées mais au contenu tout aussi marquant.

Une histoire lointaine nous est contée, nous faisant découvrir mille sensations nouvelles. Ainsi, le passage en valse de « Praeludium Bayati / Duduki » se retrouve phagocyté en une envolée au saxophone – tenu par Trygve Seim – rappelant des grandes heures de Jan Garbarek, le tout soutenu par les accords plaqués de l’accordéon imposant. Vers la moitié du disque, si les titres gardent des ambiances similaires (« MmBall »), c’est aussi pour mieux convaincre l’auditeur, en lui montrant que la complémentarité des deux musiciens – et de leurs instruments – va au-delà d’une recherche de « variété d’atmosphères » à tout prix. La sincérité semble être préférée, le jeu à fleur de peau de Frode Haltli sur « Bhavana », qu’il interprète seul, illustre bel et bien l’humanité qui se cache derrière tout ça.

Les titres peuvent être assez longs et tout est fait pour qu’ils se développent de la façon la plus naturelle possible. « Airamero » par exemple est emprunt d’une grande fluidité, tout s’y enchaîne le plus simplement du monde. Et sur une toute autre démarche, « Fast Jazz », comme son nom ne l’indique pas, fait ressortir les racines contemporaines du duo. Le souvenir du premier album solo de Frode Haltli, Looking on Darkness, n’est pas bien loin… L’ensemble reste chaud et optimiste, donnant ainsi une coloration bien particulière à toutes les ambiances décrites.

Depuis les rivages asiatiques aux couchers de soleil nordiques, Yeraz sait marier les opposés et jouer des paradoxes pour mettre en lumière une ambiance, un état d’esprit, un paysage particulier. Comme l’illustre l’agréable pochette, cet album est une ouverture vers le dépaysement, vers d’autres horizons. A chacun de voir s’il peut saisir cette opportunité, et ainsi se perdre dans les méandres d’une simple écoute…