Richard Galliano - Love Day

23/09/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: Milan Music

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L’accordéoniste français poursuit le rythme effréné qu’il s’impose depuis quelques années, entre tournées interminables, hommages à répétition et albums en collaboration avec quelques uns des plus grands jazzmen de la planète… Comment lui en vouloir, tant chacune de ses expériences apporte un renouveau dans une carrière qui a déjà de quoi impressionner plus d’un passionné.

Une fois n’est pas coutume, cette nouvelle galette propose exclusivement des compositions originales de l’inventeur du « new-musette ». Une initiative réjouissante au regard des dernières sorties du monsieur qui comportaient, à coup sûr, un de ses « classiques » ou une énième reprise du grand maître Astor Piazzolla – certes souvent réussie – mais apparaissant comme un rituel symptomatique et systématique.

Conçu comme une « journée dédiée à l’amour », le disque présente différents moments et humeurs en fonction de l’évolution de la journée. Idéal pour mettre en lumière l’étendue de jeu de cette surprenante formation. Car en restant claire et aérée, la mixture proposée nous emmène là où il fait bon vivre, vers une sorte d’aboutissement passager que chacun des musiciens nous fait partager. Mino Cinélu (ancien percussionniste de Miles Davis) fait montre d’un jeu tout en finesse, doté d’un réel sens du groove qui pénètre par tous les pores sur la longueur. Par ailleurs, si batterie s’absente, le propos se fait plus aventureux, les lignes mélodiques se chevauchent et s’entrecroisent l’air de rien, tout en bâtissant un édifice d’une cohérence imposante. Le pianiste cubain Gonzalo Rubalcaba, à cheval entre la liberté insufflée par le jazz et une rigueur contemporaine, apporte son lot d’enluminures tout en nuances. Son économie de moyens rappelle épisodiquement le regretté Esbjörn Svensson : chaque note est pesée, calculée pour avoir le plus d’impact possible chez l’auditeur (« Aurore » ou les accents nordiques de « Sérénité »).

En outre, Richard Galliano ne s’impose jamais et cherche constamment à soumettre l’idée qui marquera les esprits. « Aria » rappelle à quel point l’accordéon se rapproche de l’orgue, de ce timbre riche et d’une puissance émotionnelle à ne pas sous-estimer. En compagnie de ses musiciens, il n’hésite pas à emprunter des chemins de traverse pour mieux surprendre leur auditoire, à l’image de la conclusion de « Love Pie ».

Malgré tout, les titres plus classiques dans la forme se font moins remarquer, tels « Bonjour ! » ou « Mister J. ».Une discrétion qui permet ainsi d’équilibrer la balance sans perdre pour autant l’attention des oreilles curieuses. Cet album étonnement coloré s’aborde comme une invitation au voyage : parfois reposé, complice ou songeur, il se laisse écouter avec un certain dépaysement au goût délectable de « reviens-y ».