Fred Frith - The Technology of Tears (rééd)

21/09/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: ReR Megacorp.

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Ce monstre sacré de la scène avant-gardiste, cofondateur des groupes Henry Cow et Art Bears, reste avant tout un acharné du travail, pour qui chaque détail a son importance. Ce disque, originalement sorti en 1998 et tout juste remasterisé, en est une des nombreuses preuves. Mis à part les quelques interventions ponctuelles d’invités, Fred Frith s’est occupé de tout sur The Technology of Tears. Ce dernier sait parfaitement ce qu’il veut faire, et à la vue de la densité de cette galette, un tel effort ne peut qu’être salué.

Les compositions, assez longues pour la plupart, font clairement apparaître la variété des influences du bonhomme. L’empilement de phrasés mélodiques fait immédiatement penser à la scène minimaliste américaine (Terry Riley et Steve Reich en tête), le tout dans une instrumentation rock. L’important travail sur la rythmique ne fait que confirmer cette impression, malgré un certain manque de dynamique et une rigidité rendant l’ensemble un peu trop « daté ». Le vocabulaire musical de Fred Frith ne manque pas pour autant de richesse. Avec les gammes orientales et le tambourin de « You Are What You Eat », ou encore les divers bruitages qui apparaissent tout au long de cette heure de musique sans concession, le maestro montre toute l’étendue de ses talents.

Les structures des titres semblent parfois totalement anarchiques, ce qui tranche étonnement avec l’aspect métronomique de la rythmique. L’apparition de John Zorn sur plusieurs morceaux est à ce titre très intéressante : les deux hommes conservent leur propre terrain de jeu, mais parviennent à se compléter de façon intéressante. Les sections trop éclatées n’empêchent pas pour autant la progression des titres, en témoigne ce « The Palace of Laughter, The Technology of Tears » rappelant « The Black Page » de Frank Zappa dans sa complexité qui prend peu à peu les devants.

Néanmoins, The Technology of Tears reste un disque ancré dans son époque, et qui souffre de sonorités quelque peu obsolètes, la faute à des synthétiseurs encore trop ancrés dans les années quatre-vingt (l’introduction de « Jigsaw » peut d’ailleurs prêter à sourire, avec sa tendance industrielle). On regrette le manque de baisses de tension, comme on peut en voir sur la conclusion du troisième morceau et ses bruitages bien intégrés, sans le martèlement rythmique habituel. L’album Allies qui persévère dans cette voie plus dépouillée et organique paraît de ce fait plus recommandable.