Mahogany Frog - Do 5

14/09/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: Moonjune Records

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Quelle pochette affreuse ! Second degré ou pas, l’objet ne risque pas d’attirer grand monde à première vue, d’autant plus que ces Canadiens qui en sont déjà à leur cinquième album restent d’illustres inconnus parmi les initiés.

Pourtant, leur mixture a de quoi plaire : en actualisant le progressif fusion des années soixante-dix grâce à de vagues incursions ambient et electro, Mahogany Frog cherche à créer quelque chose de personnel. Malgré tout, cette tentative semble quelque peu ambitieuse au regard des compositions qui figurent sur le disque. Certes, l’auditeur peut y trouver son compte grâce aux bonnes idées qui jalonnent les titres. Mais rien de véritablement innovant là-dedans, l’ensemble restant globalement englué dans un carcan « fusion 70’s » dont il semble difficile de s’extirper.

Heureusement, des instants de bravoure restent bien présents comme « G.M.F.T.P.O. » ou « I Am Not Your Sugar » où cohabitent des riffs riches qui font rapidement mouche, à l’aide d’une section rythmique dont le groove est une des priorités. Le titre de plus de onze minutes « T-Tigers & Toasters » est quant à lui plus classique dans la forme, et malgré une introduction orientée vers des sonorités électroniques un poil trop convenues, la suite prend son envol pour un résultat résolument psyché, orgue et guitares grasses à l’appui. L’ombre d’un Soft Machine boosté à la fusion plane sur ces titres qui parviennent à rester concis tout en tirant pleinement parti de leur caractère instrumental : l’absence de chanteur n’est à aucun moment perçue comme une faiblesse.

Ceci dit, il reste encore du chemin à faire pour que Mahogany Frog se démarque des concurrents, et parvienne enfin à se débarrasser des influences trop marquantes des décennies passées. De plus, les sonorités synthétiques et les divers samples sonnent trop amateur, en témoignent « You’re Meshugah! » ou « Loveset » et leurs effets à la limite du Bontempi… Paradoxalement, la formation atteint son maximum d’efficacité lors des passages plus traditionnels (« Lady XOC & Shield Jaguar »).

Même si un certain manque de personnalité reste à déplorer, ces moments permettent de voir un groupe qui assume son héritage et qui cherche à apporter sa pierre à l’édifice. Inégal, ce Do 5 l’est, assurément. Il est toutefois digne d’intérêt pour ceux qui recherchent une actualisation – toute relative – d’un genre musical qui a tendance à rester ancré dans son époque. Mais oubliez à tout prix cette pochette !