Univers Zero - Univers Zero (rééd.)

06/07/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Fin des années soixante-dix. Le rock progressif moribond se fait petit à petit souffler par la déferlante punk. Le free jazz en déçoit certains à cause d’une liberté trop affirmée. La musique contemporaine, quant à elle, n’en finit pas de diviser à la fois les intéressés et les compositeurs. C’est au milieu de ce marasme musical qu’apparaissent dans l’indifférence générale quelques formations et collectifs ayant en commun un rejet des normes préétablies et une furieuse envie d’aller de l’avant. Avant la création du mouvement « Rock in Opposition » par Chris Cutler pour tenter de rassembler certains de ces musiciens atypiques, les Belges d’Univers Zero mettent au point ce qui constituera leur marque de fabrique pour les décennies à venir. Ce premier album sorti en 1977 sera leur point de départ, premier pavé au sein d’une scène musicale peu encline à une telle découverte. Cette récente réédition par Cuneiform Records nous permet de revenir sur ce chef d’œuvre qui fera date, et qui en annoncera d’autres.

Avec une forte personnalité et une rigueur musicale affolante, Univers Zero cherche à prendre le chemin d’un idéal de façon sincère et engagée. Chaque élément est soigneusement dosé, chaque note a un rôle particulier dans l’ensemble. Rarement un groupe « rock » parviendra à aller aussi loin dans cette recherche esthétique profondément sombre et inquiétante. Plus rythmé et moins désespéré que son successeur Heresie sorti deux ans plus tard, ce premier effort est pourtant doté d’une cohérence remarquable grâce à l’expérience de ses membres, certains jouant ensemble depuis de nombreuses années. Par le biais de l’empilement de lignes mélodiques osées, Univers Zero forge une assise solide aux compositions qui mettent tour à tour en avant des atmosphères éthérées et des progressions tétanisantes. L’instrumentation, aussi surprenante que bien exploitée, parvient à conserver cette authenticité dans le message que le groupe souhaite faire passer. Pas besoin de synthétiseurs ou d’effets superflus pour créer un tel espace sonore ! « Malaise » et son thème nourri aux gammes orientales sert d’appui à un basson sinistre, puis aux arpèges funestes du violon. La guitare de Roger Trigaux vient s’ajouter au tableau, osant les contrepoints les plus improbables. L’intelligence de l’orchestration est une des marques de fabrique de la formation, ce qui est tout de même assez rare dans ce domaine pour être signalé.

Certes, l’influence de la musique « savante » moderne et contemporaine apparaît bien tout au long de ces fragments de noirceur. Pour s’en rendre compte, il suffit d’écouter « Complainte », qui s’apparente à une version chambriste des grandes œuvres de Penderecki. Malgré tout, l’aspect hypnotique de ces compositions trouve ses origines ailleurs… Inlassablement, les boucles se développent, frappant de plein fouet l’auditeur qui se retrouve à la merci d’un environnement sonore tout aussi fascinant qu’effrayant. C’est justement ce qui différencie Univers Zero de certaines autres formations dites « expérimentales » de l’époque, plus adeptes d’un collage dadaïste que d’une mise en abîme des compositions qui ne garantissait en rien le relief de leur mixture.

Chez ces Belges, tout est tournoyant, tout est fait pour nous entraîner encore plus bas que la seconde précédente. C’est une musique tellurique par la construction et mécanique par les sonorités, en permanence chargée d’effroi, toujours pleine d’images lancinantes. Grâce à cette démarche complexe, elle parvient à titiller nos faiblesses jusqu’à nous mettre à bout, nous faire tout oublier pour nous emmener ailleurs… Là où ça accroche, où ça suinte… Et l’on se retrouve face à une inquiétante usine désaffectée, jusqu’à être brusquement entraîné au fond d’une ruelle crasseuse… Et rien de tel que le plat de résistance de cette réédition, une version live de « La Faulx » de près de trente minutes, histoire de nous achever pour de bon.