Collectif Slang - Addict

05/06/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: Chief Inspector

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Ce « collectif », auquel participe le protéiforme chanteur/cornettiste de poche Médéric Collignon, présente avec Addict un second album toujours aux frontières des étiquettes. L’effectif continue de surprendre, proposant des morceaux qui se suivent mais ne se ressemblent pas, pour mieux perturber les oreilles des quelques curieux qui osent être témoins de ce voyage… Il suffit d’écouter l’introduction de « Darwin » pour se rendre compte de l’ambition de cette musique : des borborygmes s’y exposent, relayés par un accompagnement noise-rock à la Diabologum, offrant un support parfait aux incartades du cornet de poche. Les vocalises qui suivent font penser à une plénitude déséquilibrée, mêlant transe et aliénation pour un résultat enthousiasmant !

Pour mieux perdre l’auditeur, le Collectif Slang va jusqu’au bout de sa démarche, en osant exploiter toutes les capacités de ces musiciens hors pair. Lorsque l’on se rapproche du breakcore joué par des free-jazzeux, on reconnaît que ce groupe parvient à réaliser des choses véritablement nouvelles, tout en conservant un naturel certain, qui contraste avec l’abstraction souvent proposée au cours de cette heure d’expérimentations. Avec d’autres passages détonants comme le décalé « Tastycake », on se rend compte de la grandeur d’une telle formule, avec cette façon d’explorer tous les terrains, et d’aborder des domaines opposés en apparence, mais qui parviennent à rester cohérents entre eux.

Soutenues par un tissu musical irrégulier mais intelligible, les déclamations des solistes s’intègrent toujours à la logique de l’ensemble, sans remettre en cause la solide cohérence du matériel qui est proposé. Le déchaînement noise de « Burn » est aussi inattendu que bien mené, mettant en lumière une angoisse progressive qui envahit l’espace sonore avec une intensité toujours revue à la hausse. On pense à une réincarnation du Naked City de Leng Tch’e, celui des longues fresques sous amphétamines ! Addict est un disque éprouvant, fou mais maîtrisé. Bref, un condensé de la nature humaine, d’une profusion musicale déconcertante et d’une profondeur à l’attrait certain. Un véritable crescendo épileptique, à conseiller aux plus torturés d’entre vous !