Farmers Market - Surfin'USSR

02/05/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: Ipecac Recordings

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Il aura fallu attendre huit ans pour pouvoir enfin mettre une oreille sur le quatrième album de ces Norvégiens déjantés ! Malgré un disque solo du « multi-instrumentiste en chef de la formation » Stian Carsensen sorti en 2004, le temps commençait à se faire long… Il semble que ça valait le coup de patienter ! Le parti-pris jazz klezmer exécuté à toute vitesse reste la marque de fabrique du groupe, avec toujours autant d’incursions dans des genres toujours plus variés. « To Hell and Baku » illustre très bien ce mélange de styles en s’éloignant de l’aspect habituel de Farmers Market pour prendre un virage plus proche d’un Estradasphere sous amphétamines.

L’instrumentation est toujours aussi riche, Stian Carstensen piochant avec bonheur des trouvailles exotiques telles que le kaval ou la tarambouka aux sonorités balkaniques. Au total, Stian utilise sur cet album pas moins de treize instruments qui s’intègrent parfaitement dans cet univers particulier. Le saxophoniste Trifon Trifonov et l’invité à la clarinette Filip Simeonov – qui apparaît tout au long du disque – se livrent à des duels dont la dextérité n’a d’égale que la profusion d’idées. L’accordéon de Stian s’efface progressivement au profit des autres musiciens, rendant la mixture encore plus détonante.

L’humour reste toujours aussi omniprésent, cette fois-ci grâce à un concept récurrent se logeant dans tous les thèmes musicaux. Bien qu’il ne comporte que cinq compositions chantées, la dénomination des morceaux et les explications disponibles dans le livret explicitent à elles-seules l’imagination débridée du quintette. Cette inventivité sans faille se retrouve par exemple dans la mélodie folklorique et lancinante de « Ladyboy’s Night at the Cultural Relativism Saloon », jouée rapidement mais avec de nombreuses nuances.

Le collage de structures utilisé par le groupe prend finalement davantage de sens qu’à l’ordinaire, car les procédés trouvent leur justification dans la globalité des titres. La formation parvient ainsi à assumer son style si original, à mi-chemin entre le côté aventureux de l’expérimentation et le dépaysement suscité par le jazz balkanique. Leur signature récente chez Ipecac Recordings, label spécialiste des curiosités musicales en tout genres, n’est finalement pas si surprenante : peu de groupes effectuent une fusion aussi cohérente de plusieurs horizons musicaux.