Caamora - She (DVD)

01/05/2008

Par Jérôme Walczak

Label: Metal Mind Productions

Site:

« Rhaaaaaaaaaaaaa » !!! C’est le cri de jouissance absolu du chroniqueur, trop longtemps frustré par l’écoute répétée de jazz « époustrifiant » et de metal cérébralo-paludéen, à qui l’on demande de dire tout le bien qu’il pense de She. Depuis le temps qu’il attendait ça ! Un opéra-rock, un vrai, plein de concepts qui pompent, et qui pompent bien, dégoulinant de postures sérieuses et nombrilistes… Ah, ce moment où Clive et Alan, perdus en pleine jungle, le fusil sur l’épaule, se lancent d’approximatives œillades pleines de sous-entendus introspectifs (ça ne veut rien dire, mais c’est du néo, que diable ! – NdlR : il nous semble que les capacités intellectuelles de notre chroniqueur de néo-progressif préféré ont été récemment altérées par un événement inconnu de nos services… des mesures sont à l’étude, nous vous prions dans l’immédiat de bien vouloir accepter nos excuses pour tout débordement éventuel.).

She !!! Des titres à rallonge qui se ressemblent tous mais peu nous chaut (du verbe chaloir : ce n’est pas parce qu’on écoute du néo qu’on n’a pas de culture), des chanteurs qui jouent aux acteurs, se prennent délicieusement trop au sérieux, Clive Nolan avec des bretelles, des perruques louées chez Michou en face pour les choristes, des lances en plâtres, des toges en rideau, une scénographie à mi-chemin entre Nabucco chez Régine et Robert Hossein sous Prozac… « Du néo !!!  » Des chœurs, de la musique emphatique, des gestes alambiqués. « Du néo enfin !!! » soupire, extatique, le chroniqueur au bord de la dépression après douze écoutes de death-jazz croate !

Bon, revenons au disque, tout de même…
She est un concept créé de toute pièce par Clive Nolan, dont on connaît les talents de claviériste au sein de Pendragon, les interventions aux côtés d’Arjen Lucassen et la présence dans les rangs d’Arena. She, c’est une histoire digne d’une série Z des années 60. Deux explorateurs, Leo et Holly, s’échouent sur une côte mystérieuse de la mystérieuse Afrique du début du mystérieux XXème siècle. Ils sont accueillis par la tribu des Amahagger et tout se déroule pour le mieux, puisque la reine Ustane leur propose de retrouver une cité perdue. Leo et Holly sont très contents. Leo, interprété par Clive Nolan (et ses bretelles, glamour à souhait) tombe même amoureux de la reine Ustane… Il se livre avec elle à une mystérieuse cérémonie (on n’en dira pas plus) mais ne tarde pas trop non plus, se souvenant qu’il lui reste une cité perdue à explorer et une tribu mystérieuse à rencontrer. Cette tribu, dirigée par Ayesha, peu habituée à rencontrer Clive Nolan – on la comprend – prend Leo pour la réincarnation d’un dieu disparu il y a 2 000 ans, le dénommé Kallikrates… Voilà qui est ennuyeux, car notre chevelu à bretelles (qui chante bien le bougre, et que l’on ne voit pas toucher un seul clavier) a très envie de retourner en Angleterre, mais il ne pourra le faire qu’après avoir effectué plein de choses dont nous tairons les implications les moins avouables.

Musicalement, tous les ingrédients du néo sont là : de l’emphase, du clavier, John Jowitt (ex-IQ, Arena) à la basse, et le chanteur de Pallas dans le rôle de Holly. Il faut être honnête, tout se ressemble un peu, on oscille entre les moments les plus fougueux de Pendragon et d’Arena (période égyptienne, les premiers, les meilleurs) sur « Rescue » ou « Judgment » et des moments plus calmes, quand les deux héros (la réincarnation à bretelles et l’autre) tentent de se sortir de ce mauvais pas.

Cet opéra-rock a été tourné en Pologne, avec peu de moyens techniques, mais avec cœur et avec talent. La chanteuse principale (qui interprète la reine Ayesha), Agnieszka Swita, est très douée et prend son rôle au sérieux. Les costumes, les figurants, les effets : tout est fabuleusement kitsch, à mi-chemin entre les Folies Bergères et un char de la Gay Pride de Libourne, mêlant perruques, robes, fausses flammes, etc. C’est impeccable. On n’omettra pas d’évoquer le making of en bonus, un peu long, non sous-titré, et surtout un peu trop sérieux.

Cette musique n’est pas sérieuse, elle est là pour emporter, et le bon Nolan a encore bien réussi son coup ! A cet égard, She est une grande réussite. Certes, il ne plaira pas aux gens déroutés par les séquences pompeuses et les décors de carton-pâtes, mais il rendra aux autres une âme d’enfant et d’aventuriers, que tout amateur de progressif ne doit jamais perdre. Caamora est là pour y veiller. Obligatoire. Culte. Où sont mes kleenex ?!