D. Frajerman / A. Volodine - Vociférations

21/04/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: Le Cluricaun

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Denis Frajerman est loin d’être un inconnu en matière de musiques expérimentales. Membre cofondateur du groupe Palo Alto dans lequel il a commencé dès 1989 à triturer des bandes sonores, c’est avec l’arrivée de l’écrivain Jacques Barbéri dans la formation qu’il découvrit la littérature d’Antoine Volodine. Ce dernier, qualifiant son style de « post-exotique », marqua profondément Denis Frajerman, qui ira jusqu’à lui consacrer un album complet en 1998 avec Les suites Volodine. C’est conséquemment que Vociférations, une collaboration entre les deux artistes, a vu le jour.

Annoncé comme étant un « cantopéra », cette prestation datant de 2004 fait apparaître un texte inédit d’Antoine Volodine, qui prend la place de conteur pour l’occasion, le tout mis en lumière par la musique de Denis Frajerman. Le fait de proposer une musique décrivant un texte aussi inhabituel se rapproche du travail de compositeurs de musique concrète et électroacoustique, Pierre Henry et Pierre Schaeffer en tête. Malgré tout, la voix du récitant n’est pas passée ici à la moulinette informatique, Denis Frajerman s’occupant de « meubler » le reste de l’espace sonore en s’aidant de bandes magnétiques. Le son de ces dernières, un peu trop « daté » par rapport à d’autres productions récentes du genre, s’adapte malgré tout idéalement à l’aspect angoissé des écrits d’Antoine Volodine.

« Myriam Dahaliane », à l’image des autres plages, fait cohabiter des boucles minimalistes avec des anaphores hallucinées pour un résultat hypnotique, profondément déconcertant mais formant un ensemble d’une cohérence rare. Le ton dérangé d’Antoine Volodine, qui par moments emprunte un accent particulier rendant sa verve encore plus étrange, s’adresse à l’auditeur avec une suite de formules incantatoires déversées petit à petit, achevant de sculpter un paysage de désolation, un fantasme de délires épouvantés… Le texte et la musique s’unissent pour mettre en relief la puissance d’une union de deux artistes qui ont beaucoup de choses en commun. Même s’ils n’ont pas opté pour le même moyen d’expression, leur goût pour l’inhabituel et les ambiances évolutives fusionne lors de cette expérience.

Le contenu de ce type de production ne s’adapte cependant pas à une écoute intensive, tant chaque détail est important. Vociférations requiert une attention de chaque instant de par sa propre nature : poésie mise en musique, ou musique employant des mots ? La distinction est difficile, le contenu l’est aussi. Le côté hypnotique fonctionne avec de nombreux effets répétitifs, que ce soit au niveau du texte ou de l’accompagnement musical. L’auditeur se pose là, en tant que voyageur paumé embarquant dans une machine folle. Libre à chacun de chercher à la maîtriser ou pas. Une expérience auditive qui semblera inhabituelle et curieuse pour certains, déroutante pour d’autres. Une constante subsiste néanmoins : l’aspect poétique et hautement artistique de cet objet.