Asia - Phoenix

14/04/2008

Par Jean-Philippe Haas

Label: Frontiers Records

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Si l’art est difficile, la critique est aisée… Quoi que… elle n’est plus si aisée que cela lorsqu’il s’agit appréhender un disque, parcouru de long en large d’un fatiguant voice-over qui ne cesse d’annoncer un « You are listening to the new Asia album, Phoenix » sous prétexte de lutte contre le piratage. Malgré une écoute gâchée par ce procédé irrespectueux du travail du chroniqueur comme de celui des musiciens, tentons d’analyser un disque annoncé comme une renaissance. Car en effet, il ne s’agit pas ici de la version moderne et actuelle du groupe, Asia featuring John Payne, mais bel et bien de la formation originale, celle de l’album éponyme et d’Alpha, réunissant Wetton, Palmer, Downes et Howe. Etrange situation que celle de cette cohabitation de deux entités rivales issues d’un même moule…

Excepté leur nom, les deux formations sont cependant nettement distinctes. Alors que l’Asia moderne a connu une réelle évolution au fil des années, « Never Again » offre une ouverture en forme de tube potentiel… des années quatre-vingt ! En effet, ce titre au refrain taillé pour les ondes ramène directement aux célèbres débuts du groupe dont le succès fit par ailleurs long feu. Asia tenterait-il de séduire le public avec des recettes et des sonorités d’une autre époque ? Ou ne s’agit-il que d’un appel aux millions de fans qui achetèrent le premier album ? Toujours est-il que cet Asia-ci applique scrupuleusement les mêmes recettes. « An Extraordinary Life » est de la même veine, conçu pour être repris en chœur par la foule en délire lors d’un rappel. « Heroine » enfonce le clou bien plus loin encore. Ballade aussi convenue musicalement que mielleuse dans ses paroles, ce titre est à l’image de l’album : sans saveur. Poussière et toiles d’araignées collent aux plumes de ce Phoenix. Même constat du côté de la production, à croire qu’aucune évolution n’a eu lieu dans ce domaine au cours de ces vingt-cinq dernières années.

Par dépit, on pourra toujours se tourner vers des titres qui, de loin, pourraient satisfaire notre soif de sophistication. Mais là aussi, c’est la déception qui prédomine. « Sleeping Giant / No Way Back / Reprise » ne s’avère être qu’un collage de deux thèmes bien distincts, sans rapport aucun et reliés l’un à l’autre par un tour de passe-passe. Et de « Parallel Worlds / Vortex / Deya », on ne retiendra que la partie instrumentale dont le seul intérêt est de mettre en avant des musiciens qui excell(èr)ent dans leur art.

Restent la voix de John Wetton, (presque) intacte et le toucher de Steve Howe qui malheureusement ne s’exprime qu’à de très rares moments. Un bilan bien maigre compte tenu des attentes que suscitait cette reformation. Ce n’est donc pas avec ce Phoenix qu’Asia renaîtra de ses cendres, ni ne supplantera son homonyme. Les quatre compères pourront tout au plus espérer rameuter quelques-uns des nostalgiques de la grande époque et capitaliser sur un tout relatif « prestige ».

A l’évidence, Frontiers s’est fait une spécialité dans la récupération d’anciennes gloires du rock/hard FM (Toto, Michael Kiske, Steve Lukather, White Lion, Joe Lynn Turner et bien d’autres). Dommage que cette entreprise, au demeurant fort louable, donne parfois lieu à ce genre de come back poussif.