RPWL - The RPWL Experience

31/03/2008

Par Christophe Gigon

Label: Tempus Fugit

Site:

La question que se posent tant les admirateurs du groupe que ses détracteurs est : « RPWL va-t-il encore nous sortir un album-hommage au Pink Floyd de l’ère Gilmour ? » Il est vrai que, depuis le premier effort du quatuor, God has failed en 2000, on savait ce qu’on allait trouver en se portant acquéreur d’un disque de la formation allemande : une production léchée, des soli de guitare fluides et pleins de feeling (Gilmour et Rothery ont encore frappé !), un chant incroyablement proche de celui de Gilmour (encore lui !) et des compositions accessibles et point trop alambiquées. Une sorte de Pink Floyd pop remis au goût du jour en quelque sorte. Il ne faut en effet pas omettre de signaler que, si l’influence du grand Floyd est patente et assumée, RPWL a toujours eu pour souci de proposer une musique fraîche et très moderne dans sa production. Yogi Lang (claviériste et chanteur de la formation) est, du reste, un producteur très demandé en Allemagne et ne reste en rien confiné dans le microcosme progressif. C’est un gage d’ouverture.

Quid de cette expérience ? D’emblée, il faut signaler qu’après un morceau d’ouverture très déconcertant aux reliefs très agressifs (pour RPWL s’entend !) et typique du Porcupine Tree du troisième millénaire, le reste de l’album rentre peu ou prou dans le rang et l’auditeur retrouvera sans peine les ambiances auxquelles il était habitué. RPWL, malgré un titre et une illustration de pochette fort déroutants, n’a pas véritablement opéré de mutation radicale. Seules quelques nouveautés sont à remarquer parmi lesquelles un son plus brut, une production plus discrète, des compositions moins aériennes et de facture plus rock que prog, ainsi que des textes plus accessibles et explicites. Comme l’a très bien expliqué Yogi Lang dans un long entretien accordé à l’auteur de ces lignes, RPWL avait envie de remettre les pieds sur terre et de proposer une musique plus « incarnée » et moins éthérée. Il s’agissait surtout d’éviter comme la peste de proposer une suite au désormais mythique World Through My Eyes paru en 2005. Que l’admirateur inconditionnel du groupe ne lève point les yeux au ciel : on est loin ici de la rugosité d’AC/DC ! Les ambiances planantes sont toujours légion, et de quelle manière ! Il suffit pour cela d’écouter le magnifique « Masters of War » (avec des moments mélodiques étrangement calqués sur « She Chameleon » de Marillion) pour se rassurer : RPWL continue de nous transporter vite et haut ! Il faut cependant reconnaître que le ton général de l’album est plus cru, plus sec. Ainsi, outre des morceaux que ne renierait pas Porcupine Tree (le morceau d’ouverture ainsi que « Stranger »), quelques titres franchement pop (voire punk avec « Choose What You Want to Look at »), on retrouve la facilité déconcertante qu’a le groupe à créer d’agréables pépites mélodiques.

Avant de vous laisser vous ruer sur l’entretien dans lequel l’exégèse complète de la création de cet album vous sera contée par le menu, laissez-moi rassurer l’acquéreur potentiel indécis. RPWL a bien essayé de « simplifier » son propos en proposant une musique plus pop mais, dans le genre, il s’en sort avec les honneurs. (Rappelez-vous la magnifique perle pop « Roses » sur le majestueux World Through My Eyes). Les amateurs des Clash et des Cramps ne vont pas se ruer sur ce disque ! La démarche esthétique de RPWL, indépendamment du concept global articulé autour de la société de consommation, est à comparer avec celle adoptée par Marillion à la fin des années quatre-vingt-dix, avec des albums comme Radiation ou Marillion.com. C’est donc à un groupe qui fait des efforts pour éviter la redite que l’on a affaire. Ce genre d’entreprise est à louer !