Simak Dialog - Patahan

26/02/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: Moonjune Records

Site:

Venue tout droit du bout du monde (en l’occurrence l’Indonésie), cette formation est surprenante par bien des aspects. D’une part, parce que les groupes basés en Indonésie ne se bousculent pas au portillon des musiques progressives. On connaissait déjà Discus, mais on constate très vite que la liste est courte. D’autre part, SimakDialog met fièrement en avant ses origines. La section rythmique tient ce rôle « traditionnel » d’une excellente manière, en étant constituée de percussions locales aux noms pour le moins dépaysants, tels que le Sunda kendang, le ceng-ceng ou le kethuk. Cette initiative très encourageante ne cache pas totalement le fait que ces instruments sont utilisés de manière excessive. Malgré tout, quatorze ans après les débuts de SimakDialog, ce nouvel album enregistré en concert risque de plaire aux amateurs de voyages musicaux.

Le jeu du piano de Riza Arshad (le seul compositeur du groupe) domine les débats, avec une base mélodique exclusivement orientée vers le jazz, mais manquant trop de références folkloriques et traditionnelles pour se fondre parfaitement dans la masse musicale. Lorsque apparaissent les guitares tenues par Tohpati Ario Hutomo, l’auditeur se retrouve au milieu d’une succession de phrasés mélodiques souvent efficaces, traduisant un processus de composition intense. « Kemarau » met d’ailleurs efficacement en lumière ce travail, faisant cohabiter un thème percussif avec une partie centrale plus atmosphérique qui prend progressivement de l’ampleur pour s’achever tout en puissance et en précision.

Le quartette a eu la bonne idée d’enrichir ce Patahan de l’intervention de deux invités, un percussionniste et une chanteuse répondant au doux nom de Nyak Ina Raseuki. Cette dernière apparaît sur deux morceaux et transcende la musique de SimakDialog, grâce à des intonations orientales qui font corps avec l’identité du groupe. Dans « Spur of the Moment », elle est petit à petit mise en avant, jusqu’à ce que les instrumentistes s’effacent totalement devant sa voix. Elle en profite pour improviser d’une manière élégamment technique, sans jamais perdre la suite d’accords du morceau. Une performance tout à fait remarquable, mais hélas trop brève. Le groupe préfère souvent s’embarquer dans des développements instrumentaux parfois longuets (« Worthseeing »), sachant qu’aucun des cinq morceaux qui composent cette galette ne descend sous les dix minutes. Avec Patahan, ces Indonésiens proposent une surprise de taille qui peut constituer une excellente initiation aux musiques asiatiques pour les curieux avides de nouvelles sensations, sans pour autant leur faire perdre tous leurs repères.