Watchtower - Control and Resistance

20/02/2008

Par Jean-Philippe Haas

Label: Noise

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Avant de se lancer dans l’écoute d’un album culte, il est bon de savoir à quoi s’en tenir et d’avoir quelques éléments de réflexion à disposition. Ainsi, à la fin des années quatre-vingt, le thrash est déclinant, ou s’est assagi à l’image de Metallica. Le death et le black metal ont le vent en poupe et les guitar-heroes occupent le devant de la scène.

C’est dans ce contexte peu favorable que Watchtower pose les premières pierres de ce qui allait devenir le metal dit « progressif ». Là où Energetic Disassembly (1985) ne laissait que suggérer un potentiel encore incertain, Control And Resistance transforme magistralement l’essai. Malgré un chant agressif et suraigu, l’absence de clavier et des compositions incroyablement complexes, ce second album constitue l’un des premiers avatars du style popularisé par Dream Theater. Les Américains ne s’encombrent que ponctuellement de mélodies, (« Life Cycle » est ce que Watchtower produira de plus mélodique). Place à la virtuosité ébouriffante de musiciens (Ron Jarzombek, notamment) pour la plupart d’ailleurs retombés dans l’anonymat aujourd’hui. Sur fond de folie instrumentale, Alan Tecchio hurle des textes engagés à qui veut bien les entendre… ils seront tout de même 50’000 au bout du compte ! L’analyse des titres relevant ici d’un vain exercice, disons simplement que « Control and Resistance » qui trône magistralement au beau milieu du cyclone, donne par ses multiples phases et ses imprévisibles changements une excellente idée du reste de l’album.

Handicapé pour des oreilles modernes par une production très fluette et des sonorités difficilement audibles aujourd’hui – les pads de batterie électronique notamment – Control and Resistance reste néanmoins un album inégalé dans son genre, qui peut se vanter d’avoir généré une multitude de qualificatifs : précurseur, ébouriffant, abscons, virtuose, ultime, indigeste, culte…Rien de tel n’avait été fait à cette époque, et peu d’artistes auront emprunté cette voie-là depuis : Eldritch (mais d’où peuvent-ils bien tirer leur nom, ceux-là ?), feux Spiral Architect et Atheist ou, plus récemment et dans le registre instrumental, Behold… the Arctopus, Canvas Solaris, Dysrythmia… des formations somme toute très confidentielles.

Le site du groupe semble avoir définitivement cessé son activité. Dans les cartons de Ron Jarzombek depuis des années, l’arlésienne du groupe, Mathematics, ne verra sans doute jamais le jour. Raison de plus pour se jeter sur ce météore totalement unique en son genre.