La STPO - Tranches de temps jeté

29/01/2008

Par Jérémy Bernadou

Label: Beta-Lactam Ring Records

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Parmi les groupes français inclassables, il existe des collectifs hors du temps qui évoluent au fil des années, autant sur le plan musical qu’idéologique, en gardant intacte leur volonté d’expérimentation. On peut penser spontanément à Magma ou Art Zoyd, mais d’autres groupuscules ont également emprunté cette voie. C’est le cas de La Société des Timides à la Parade des Oiseaux (ou La STPO), qui a vu le jour en 1984 et dont le nom, aussi loufoque qu’intriguant, résume à lui seul leur caractère « hors normes ». Grâce à des choix artistiques en marge de la production musicale habituelle, ces artistes ont su développer une personnalité, loin des formations pseudo-expérimentales qui se cessent de se répéter inlassablement.

Avec Tranches de temps jeté, les Rennais continuent leur exploration musicale en présentant des compositions plus longues que d’habitude. Ils s’éloignent ainsi de leurs précédents albums, à la forte consonance punk. Désormais, le propos est équilibré, radical et ambitieux. Proche de l’esprit d’Etron Fou Leloublan, la STPO se démarque notamment par le chant de Pascal Godjikian qui éructe des textes surréalistes, prenant souvent les devants par rapport à la musique. Les paroles sont finement travaillées, comme l’illustre le titre introductif « I Cuento Blumen » où le groupe alterne le chant français, anglais et espagnol. Cependant, l’exubérance des vocaux reste relativement difficile d’approche, et pourrait rebuter lors des premières écoutes. La STPO interprète une musique sauvage, sans concession, vivante et élaborée. Lorsque les vocaux sont rejoints par la guitare aventureuse de Jim B, le groupe prend son envol, faisant apparaître des images plus variées les unes que les autres. Le support musical original est basé sur les percussions (batterie et xylophone) qui tissent des motifs feutrés, peu à peu transcendés par les interventions du reste de la Société. Les ambiances nuancées prennent de plus en plus de place dans leur musique, en témoigne le contrasté « Cet A – Mort vibre l’air ». L’utilisation soignée des cuivres rappelle quant à elle ce qu’on peut trouver chez Kayo Dot.

Fortement inspirés par le mouvement dadaïste, ces artistes libres et extravagants sont d’une richesse et d’une sincérité certaine. Rares sont ceux qui parviennent à rester cohérents tout en étant aussi singuliers. Même si le voyage n’est pas des plus accessibles, le collectif parvient à aller au bout de ses ambitions et à conserver une musique authentique.