Soft Machine Legacy - Steam

03/12/2007

Par Christophe Gigon

Label: Moonjune Records

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Soft Machine Legacy, comme son nom l’indique, est une entité musicale mouvante à géométrie très variable, qui s’efforce de poursuivre les travaux menés par le célèbre groupe Soft Machine des années soixante-dix. Attention : Soft Machine Legacy n’est ni un vieux groupe « dinosaure » qui se reformerait afin de palper quelque menue monnaie à l’instar de Genesis, Supertramp et autre Police, ni un groupe hommage qui essaierait de recréer la magie d’antan au présent (Musical Box, Floyd Legend ou même The Watch dans une moindre mesure). Soft Machine Legacy œuvre dans un tout autre domaine : celui où l’on crée de la musique nouvelle et moderne tout en s’efforçant de respecter les exigences qui furent celles que s’imposait alors la célèbre formation britannique. Cette résurgence actuelle de la machine molle va de l’avant, tout comme l’avait fait à l’époque Soft Machine qui débuta dans la mouvance pop psychédélique dadaïste pour évoluer – via un transit par le free-jazz – vers du rock fusion. Difficile donc de deviner dans quelles eaux va évoluer cet héritage du XXIème siècle.

L’incarnation actuelle de Soft Machine Legacy est constituée de John Etheridge (guitares, boucles d’effets), Hugh Hopper (basse, boucles), John Marshall (batterie et percussions) et Theo Travis (saxophone, flûte et bouclettes) qui a remplacé feu Elton Dead, nom connu des amateurs de jazz depuis plus de quarante ans. La philosophie du groupe repose sur l’expérimentation et le métissage tous azimuts. Devra-t-on dès lors classer cet album sous du rock, rock progressif, jazz rock, fusion, jazz ou encore jam band ? Rien de tout cela mais tout cela en même temps. Il s’agit donc bien de musique ardue que celle-ci. Oreilles délicates s’abstenir ! Steam combine diverses improvisations jazzées écrites par le quartette mais sans les claviers qui étaient pourtant représentatifs de la musique de Soft Machine. Les boucles, samples et autres « soundscapes » en ont pris la place. Des harmonies pour le moins inattendues (doux euphémisme !) et des soli sans retenue achèveront de donner le tournis aux amateurs et de définitivement dégoûter le néophyte. Le son produit par ces quatre musiciens d’exception dépasse le cadre d’un simple quartette. Le tout est éminemment plus riche que la somme des parties. Riche jusqu’à l’indigestion parfois. Des rythmes rock puissants, d’autres plus funky ou teintés de jazz rock, le tout mêlé dans une texture sonore à la densité à peine supportable. Cette musique sans limites plaira à coup sûr aux inconditionnels du Soft Machine des seventies. Les autres passeront leur chemin, la tête gonflée comme une pastèque, prête à éclater.

Il s’agit donc bien ici de musique de haute voltige extrêmement expérimentale. Il est très difficile de véritablement apprivoiser un tel produit. C’est peut-être trop pour un seul disque ! En tous les cas, c’est certainement trop pour qui n’aurait jamais frayé avec les improvisations jazz les plus débridées. Les connaisseurs apprécieront. A écouter néanmoins avec parcimonie !