Divers (Colossus) - Treasure Island

29/10/2007

Par Christophe Gigon

Label: Colossus

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L’Ile au trésor est le nouveau projet du tandem de labels Colossus et Musea, après les épopées mythologiques (Kalevala, A Finnish Progressive Rock Epic, The Colossus of Rhodes et Odyssey, The Greatest Tale) et les bandes-sons de westerns (The Spaghetti Epic 1 et 2). Le concept connu reste inchangé : le label fait appel à différentes formations internationales plus ou moins connues de rock progressif qui acceptent de se plier à un exercice de style quelque peu particulier consistant à composer de grandes suites épiques dans la plus grande tradition des années soixante-dix. L’usage des instruments d’époque est requis. Ainsi, le son est volontairement rétrograde. L’objectif étant que l’auditeur ait l’impression d’écouter un album tel qu’il aurait pu être sorti à « l’âge d’or » du rock progressif. Il est donc tout à fait naturel d’avoir l’impression de tenir entre les mains un inédit d’époque des ténors du genre qu’étaient Genesis, Yes, King Crimson ou encore Van der Graaf Generator. Tout le monde aura compris que la trame narrative (le « concept ») est pur prétexte.

C’est avec fort peu de motivation que le disque fut installé sur la platine avide de nouveautés. La perspective d’écouter une version progressive (sic) de L’Ile au trésor de Robert Louis Stevenson n’a en effet rien de très excitant. L’amateur de concepts, même fumeux, a été habitué à de plus oniriques voyages : Brave de Marillion, Opération Mindcrime de Queensrÿche sans citer les évidents The Wall ou autres agneaux gisant sur Broadway. Mais revenons à nos moutons, à défaut d’agneaux. Entendre, pour la millième fois, une suite de titres épiques s’étalant sur une petite demi-heure et constitués d’hommages plus ou moins appuyés aux maîtres à rêver du genre cité plus haut s’avère d’emblée fatiguant. Mais quand faut y aller, faut y aller. Soyons donc ludiques ! Le jeu consistera donc à deviner quel sera le groupe plagié par chacun des groupuscules présents dans ces tribute albums qui n’osent pas se présenter comme tels. Et le jeu s’avère malheureusement encore plus facile qu’à l’accoutumée : Nexus admire Banco, Floating State plagie ouvertement Van der Graaf Generator et son barde magique Peter Hammill alors que Nexus se la joue pépère « à la Camel ». Et en avant les vieux synthétiseurs antédiluviens et les rythmes syncopés, la chasse aux trésors a commencé.
Le hic est que ce disque ne contient aucun trésor. Seulement de longues compositions fort bien exécutées à la banalité confondante. Une fois de plus, l’objectivité du journaliste le pousse à préciser que le produit n’est pas mauvais. Les musiciens jouent très bien, le son d’ensemble est très agréable et le « packaging » est, comme toujours dans ces productions Colossus / Musea, absolument magnifique.

On peut trouver le positif de la chose dans le fait que tout amateur de progressif aura peut-être du plaisir à entendre des morceaux tels qu’ils auraient pu être exécutés par son groupe fétiche. A ce titre, chacun des trois groupes présents sur ce projet reste très respectueux du son et du style du groupe dont il a choisi de « s’inspirer ». Mais le concept même qui sous-tend ce genre de productions commence à s’essouffler.