Heartscore - Many Directions

10/09/2007

Par Jérémy Bernadou

Label: Autoproduction

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Heartscore est le projet d’un seul homme, l’allemand Dirk Radloff. Il s’occupe de tout ce qui touche à son entité musicale, depuis la composition jusqu’à la production finale. Malgré l’aspect virtuel évident de cette façon d’agir, l’ensemble est correctement réalisé, si bien que l’auditeur oublie parfois ces problèmes. Il faut aussi prendre en compte la nature intrinsèque de cet album, loin d’être une œuvre « professionnelle » à proprement parler. Avec de telles conditions, Dirk Radloff ne peut pas espérer être au niveau technique des productions actuelles, mais ce n’est certainement pas ce qu’il recherche. L’artiste n’en est pas à son coup d’essai, et il profite de son expérience des enregistrements pour compenser ses moyens limités. Bien que les parties de batterie soient le fruit d’une programmation, les différentes sections sont assez bien pensées pour que cela devienne une carence de second plan.

A travers quatorze titres pour la plupart assez courts, Dirk Radloff revisite le rock progressif des années soixante-dix en incluant quelques éléments plus modernes et métalliques. On se rapproche souvent de l’esprit du Gentle Giant des débuts, pour cette mixture de genres permanente et pour l’influence moyenâgeuse. Cet « homme à tout faire » rajoute à tout cela des incartades pop bien senties, histoire de compléter le tableau avec une certaine douceur. Les morceaux s’enchaînent en brassant ces inspirations tout au long des cinquante minutes que compte le disque.

Le travail sur les chœurs est assez important, mais reste loin de la maîtrise des références en la matière. La voix de Dirk Radloff est quelquefois limite au niveau de la justesse, ce qui s’avère à la longue plutôt gênant. En témoigne « Death In The Opposite House », où à côté de couplets efficaces chantés à la façon « reggae », un refrain moins maîtrisé rend l’ensemble fade. D’autres titres exploitant la même formule sont plus réussis, notamment « Many Red Devils » où le musicien allemand dévoile une sorte de metal progressif barré suivi d’un refrain proche de Queen. La qualité des titres est donc inégale, on passe rapidement de bonnes trouvailles vers des transitions de mauvais goût. Ce manque de cohérence artistique se révèle assez problématique car l’artiste ne semble pas avoir trouvé son propre créneau musical. Seul le titre « The Miller’s Wife » (de loin le plus long, avec ses dix minutes) arrive à rester passionnant de bout en bout, grâce à des idées mieux réparties et développées tout au long du morceau.

Le fait de passer à la moulinette divers genres peut s’avérer être une bonne idée en soi, même si de tels mélanges ont déjà été faits par le passé. Cependant, il faut avoir l’habileté de ne pas perdre le fil conducteur des titres, pour ne pas tomber dans l’écueil du simple exercice de style. Avec Heartscore, Dirk Radloff se rapproche dangereusement du précipice. Espérons qu’avec un peu plus de moyens, il arrivera à dominer tous ces éléments sans côtoyer la facilité. Malheureusement, avec ce Many Directions qui porte bien son nom, le musicien a visiblement du mal à contrôler sa fougue créatrice, malgré des qualités évidentes.