Devin Townsend - Ziltoid The Omniscient

15/05/2007

Par Julien Damotte

Label: InsideOut Music

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Croire les rumeurs comme quoi Devin Townsend allait s’éloigner de la musique quelques temps était mal connaître le bonhomme. L’arrivée de son premier enfant en octobre dernier n’a pas suffit à calmer ce boulimique de musique puisqu’un an et demi à peine après Synchestra et seulement quelques mois après le dernier Strapping Young Lad, The New Black, le savant fou du metal donne naissance à un projet des plus farfelus.

Jusqu’à présent, chaque projet mené par Devin avait un style reconnaissable et n’empiétait que très peu sur les autres. Les compos de Strapping Young Lad n’ont en général rien à voir avec celles de ses albums solos (si l’on excepte peut-être Physicist) et il en va de même pour ses autres projets comme Devlab ou encore Punky Brüster. A l’opposé, cette nouvelle œuvre, estampillée « Devin Townsend », mêle habilement toutes les facettes du savant fou. Mélodies et ambiances chaloupées sur fonds d’arpèges et de nappes à la Terria sont naturellement entrecoupées de doubles grosses caisses étourdissantes (ce mélange subtil trouve en « By Your Command » ou encore « Solar Winds » son parfait exemple) comme celles habituellement distillées par l’imposant Gene Hoglan. C’est d’ailleurs Devin lui-même qui s’est chargé, comme tout le reste sur cet album, des parties de batterie à l’aide du fameux logiciel Drumkit From Hell, créé par Tomas Haake et expérimenté par ce dernier sur l’album Catch 33 de Meshuggah. Le résultat, vraisemblablement le fruit d’un travail acharné et méticuleux (le logiciel étant loin d’être simple à manipuler), est tout à fait à la hauteur et Devin peut se targuer d’avoir créé et produit cet album de A à Z, tout seul dans sa cave.

Mais ce nouveau projet, initialement imaginé comme un spectacle de marionnettes ne se résume pas à un simple amalgame d’influences. Avec Ziltoid The Omniscient , le sieur Townsend explore encore de nouveaux horizons et semble ne s’être donné aucune limite, aucune contrainte particulière si ce n’est au niveau du concept complètement loufoque. Son personnage, Ziltoid, semble tout droit sorti de l’univers d’un Tim Burton devenu fan de metal et n’aurait pas dépareillé dans le casting de « Mars Attacks ! », film auquel le titre « Ziltoidia Attaxx !  » fait sans doute allusion. Véritable schizophrène, le Canadien interprète tous les personnages, dont Ziltoid, un extraterrestre quadridimensionnel qui voyage dans l’espace-temps grâce à un carburant inhabituel qu’il se procure sur Terre : le café. Que les plus terre-à-terre d’entre nous ne se sauvent pas en courant pour autant ! Au-delà de ce concept loufoque, cet album délivre un message de détresse authentique. Les hurlements à la fin de « Color Your World » : « I am a puppet, you are a,puppet, we are all puppets ! » sont autant ceux de Ziltoid-la-marionnette que ceux de son créateur, usé par l’impitoyable monde du show business. A travers le personnage de Ziltoïd, c’est une autre facette de Devin Townsend que l’on découvre, celle d’un nerd timide et presque misanthrope qui fait de la musique dans son sous-sol, avec son ordinateur pour seul ami, et dont la vie est manipulée par le monde extérieur, comme s’il était une simple marionnette.

Jamais un album du canadien n’aura été aussi dense et varié tout en restant rythmé et cohérent. Sonorités technoïdes et voix planante sur « Hyperdrive », ambiances arabisantes sur « N9 » ou encore un petit côté martial à la Rammstein sur « Planet Smasher », aucune limite ne semble avoir été observée. Côté prouesses vocales, Devin Townsend passe par tous les styles de chant et ce au sein même de chaque chanson, s’affirmant plus que jamais comme un caméléon vocal. Enfin n’oublions pas le guitariste souvent sous-estimé qu’est le canadien fou et ses soli tout droit tirés de l’univers d’un Bumblefoot ou d’un Buckethead, si bien exécutés que l’on jurerait que ces deux fines lames ont réellement été invitées sur le disque.

Chez Devin Townsend, les albums se suivent et ne se ressemblent pas, même si sa marque de fabrique est présente à chaque fois. Il est par conséquent facile de prévoir des réactions diamétralement opposées à l’écoute de Ziltoid The Omniscient selon les affinités de chacun. Une chose est sûre, personne n’en sortira indemne. A noter que l’album sortira aussi en édition limitée avec un cd bonus contenant deux titres et une piste vidéo. Attachez vos ceintures, le voyage intergalactique risque d’être brutal.